ARTICLES INVITÉS

  • Mémoire du chaudron – épisode 21 [...]

    Mes relations avec Chantal de Souza, épouse Yayi, future première dame du Bénin, furent de tous les temps glaciales sans que je ne puisse jamais m'en donner une explication rationnelle. Si mes souvenirs sont bons, mon premier contact avec elle eut lieu à Lomé. Cela remonte à 2002. Yayi dont je venais fraîchement de faire la connaissance, m'avait invité au nombre des journalistes devant couvrir un symposium que la Boad, l'institution qu'il présidait alors, organisait sur l'avenir du coton ouest africain. Je garde de cette activité, le souvenir de cet auditorium de l'hôtel du 02 février, rempli  d'économistes, de financiers et autres théoriciens de la filière coton, le visage généralement barré de lunettes claires et dont le point commun était qu'ils ne parlaient jamais fort au cours de leurs différents exposés. Ils parlaient certes dans de fines tiges de microphones enfoncées devant eux sur la table, mais bon sang...! Que voulaient-ils que nous, journalistes-reporters, retenions finalement de ces grommellements  incessants autour de ces tableaux et de ces graphiques multicolores ? Et puis il y avaient ces maliens et sénégalais qui ne s'embarrassaient pas de scrupules, malgré leur respectable niveau académique, pour prononcer tous les mots au masculin. La pause-café qui…

    Publié le 15 février 2020
  • Mémoire du chaudron – épisode 20 [...]

    L'étroite cour de la résidence du jeune pasteur titulaire de l'église évangélique des Assemblées de Dieu de Bohicon grouillait du petit monde des cadres chrétiens venus rencontrer le "frère Yayi de la Boad" pour une séance d'échanges et de prière autour d'un déjeuner. En ce samedi caniculaire de février 2004, la ville-carrefour craquait sous une chaleur de four. Le rendez-vous initialement prévu pour 13h n'avait pas encore démarré à 14h. Le pasteur sortait de temps en temps en courant, le téléphone vissé à l'oreille, cherchant dans la cour un endroit où le réseau GSM serait le plus clément possible. Son excitation jetait un froid dans l'assistance. Tout le monde essayait, à partir de ses réponses, de deviner les messages qu'il recevait de son interlocuteur qui, vu le contexte, ne pouvait être que l'invité de marque attendu et pour lequel le pasteur gérait un comité de soutien dans le milieu évangélique de la ville et alentours. Et puis c'était cela les réseaux GSM en ce temps-là. Rien n'était évident lorsque vous lanciez ou receviez un appel. De sorte que vous étiez obligé d'avoir votre point de contact GSM dans votre domicile. Et ce point pouvait parfois peut-être un endroit très improbable…

    Publié le 15 février 2020
  • Mémoire du chaudron – épisode 19 [...]

    Le vibreur de mon téléphone m'arracha à mes réflexions. J'avais encore quelques doutes sur la pertinence de la proposition qu'un de mes anciens camarades du Lycée Houffon me fit, de remplacer au pieds levé Alekpehanhou par Somadjè Gbesso, le virtuose du rythme "alokpe". Il est vrai que son tube " monlikoun" avait fait un immense tabac pendant plusieurs années sur le plateau d'Abomey. N'empêche qu'il passait dans mon esprit pour être un pis-aller. C'était la seule alternative qui se présentait et il fallait faire avec. Mais ce qui me marqua déjà positivement chez cet artiste d'un naturel surprenant, c'est le ton du court échange téléphonique que j'eus avec lui lorsqu'on me le passa trois jours plus tôt depuis son village de Mougnon. Il était plutôt reconnaissant d'avoir été sollicité. Ce qui facilita les discussions que nous bouclâmes en moins d'un quart d'heure. De toutes les façons, me disais-je, on ne perd rien à essayer. En plus les délais très courts entre la prise de contact et l'enregistrement en studio ne semblait pas lui poser un problème particulier. Et il avait d'ailleurs trouvé une manière originale de conclure notre échange téléphonique en poussant la chansonnette. Il avait la bonne humeur contagieuse…

    Publié le 15 février 2020
  • Mémoire du chaudron – épisode 18 [...]

    Je ne sais si mes compagnons captaient les mêmes signaux que moi. Mais l'orchestration de la séance me semblait porter un message. Je n'espérais pas rencontrer un artiste particulièrement humble, mais là il était évident que Alekpehanhou avait sa petite idée sur les gens assis en face de lui. Un détail attira particulièrement mon attention. C'est ce mouvement presque imperceptible des muscles de sa mâchoire pendant qu'il écoutait Hervé Djossou introduire la séance. En termes clairs, je soupçonnais notre hôte de s'être glisser une noix sous la langue. C'est vrai qu'en ce temps là, Charles n'était pas exempte de tout reproche. Dans le zèle de son engagement yayiste, il avait signé quelques textes excessifs dans son journal "Le Matinal". Par exemple, à la suite d'une déclaration politique de Adrien Houngbedji, il signa un brûlot sobrement intitulé "Kerekou fait tout au Nord" et dans lequel il conduisit sans ménagement et dans un style très saccadé dont il avait le secret, une protestation intellectuelle contre cette victimisation latente qui s'observait au sein d'une partie de la population par rapport à la longévité du pouvoir d'État dans les mains de Kerekou, originaire bien entendu du nord. Un état d'esprit auquel Houngbedji essayait habilement…

    Publié le 15 février 2020
  • Mémoire du chaudron – épisode 17 [...]

    Vingt minutes de traversée d'une des artères les plus encombrées de Cotonou, et quelques entrelacs de ruelles sablonneuses plus tard, nous étions devant le domicile de Alekpehanhou dans un dédale de Zogbohouè. Dix huit heures n'étaient plus loin. A l'accueil que nous fit la jeune femme à l'entrée de la maison, nous comprîmes que le rendez-vous avait vraiment été pris et que le maître de maison nous attendait. Nous longeâmes une véranda qui donnait accès au bâtiment central de la maison. Dans la petite cour, une camionnette garée et portant écrit sur ses portières, " Alekpehanhou" rendait la maison exiguë. En parcourant cette véranda, mon regard explora furtivement la construction la plus visible au-delà de la clôture. " serait-ce le voisin dont la difficile cohabitation avec l'artiste, inspira cet appel à l'unité ethnique des fons? ", me demandai-je silencieusement. Je n'en saurai hélas pas grand-chose. La jeune dame que je semble avoir déjà aperçue dans un clip audiovisuel nous introduisit avec beaucoup de bonnes manières dans le séjour qui, curieusement, était vide. Charles Toko, Hervé Djossou et moi, prîmes silencieusement siège. Dans cette attente qui commençait à durer, je ne pus m'empêcher de repenser à la première fois où je…

    Publié le 15 février 2020
  • Mémoire du chaudron – épisode 16 [...]

    Quand je  vins à  Bar Tito cet après-midi,  l'ambiance était animée dans la  deux-pièces qu'occupait la cellule de communication. Nous devrions faire avancer un projet  cher à  Charles  Toko: la  mobilisation des  artistes autour de la campagne de Yayi Boni. Dans cette phase d'activité, je retrouvais de plus en plus Richmir Totah, un amoureux de la chose culturelle, amateur de son et de spectacles qui me fut  présenté quelques semaines plus tôt. Notre contact fut d'autant plus facile que je découvris son parcours qui était des plus atypiques. Richmir avait beau avoir âprement étudié  l'agronomie, il ne s'en était remis qu'à la guitare-bass et à sa passion de l'organisation des spectacles pour le restant de sa vie. Il était agréable de compagnie et je m'étais très vite lié d'amitié avec lui. Il espérait tout  de la victoire de  Yayi et sa motivation était une source supplémentaire d'énergie pour moi. Je  voyais également venir de plus en plus au siège de campagne, un jeune homme clair, court sur pieds, dont la vivacité du regard contrastait avec sa forme qui annonçait des rondeurs futures. Un certain Sidikou que Charles prenait au téléphone un nombre incalculable de fois par jour, au point parfois…

    Publié le 15 février 2020
  • 72 heures du livre : Jour 1 et 2 : Natitingou est ivre de livres ! [...]

    Organisées par la Maison TV5 de Natitingou, les 72 heures du livre de Natitingou ont commencé hier 12 décembre et s’achèveront demain samedi 14 décembre avec le Prix Maison TV5 de Natitingou du Jeune lecteur.

    Publié le 13 décembre 2019
  • Mémoire du chaudron – épisode 60 [...]

    La lueur du jour vint et nous ne parlâmes plus jamais de cette curieuse alerte qui perturba notre sommeil, comme s'il se fut agi d'un simple mauvais rêve. La vie continua son cours. Les deux informateurs de la veille, que la pénombre de la véranda ne me permit pas de dévisager, ne revinrent pas faire amende honorable de ce gros canular par rapport au supposé déclenchement du processus de révision de la Constitution et ne firent plus parler d'eux, du moins pas à ma connaissance. J'avais passé une partie de la nuit à essayer de me réinstaller sur mes certitudes. En effet, Kérékou n'avait plus, en ce moment précis, les moyens politiques d'une quelconque manipulation de notre loi fondamentale. L'éjection de Bruno Amoussou du gouvernement, le dynamitage orchestré de la grosse machine politique qu'était l'Union pour le Bénin du Futur, UBF, la cacophonie des ambitions dans la mouvance présidentielle auraient, d'une manière ou d'une autre, fait capoter un pareil projet à l'Assemblée nationale. Et puis il y avait la très forte mobilisation de l'opinion publique enclenchée par la campagne d'affichage "Touche pas ma Constitution", brillamment conduite par un groupe de jeunes réunis au sein d'une association nommée "Elan". Yayi eut-il…

    Publié le 11 avril 2019
  • Mémoire du chaudron – épisode 59 [...]

    Dans cette longue marche vers le pouvoir, il y a eu des moments d'enthousiasme et de grande espérance, auxquels ont souvent succédé des moments de doute, des passages dans un tunnel sombre, des moments de désorientation, de marquage de pas, de pédalage dans le vide. Ces moments se vivent sans doute différemment, selon la distance qui vous sépare de l'épicentre de la conquête. Moi, j'en étais au coeur, vous vous en doutez bien. Un de ces moments me marqua particulièrement. Il fut aussi bref qu'intense. C'était un soir d'août 2005, à Tchaourou. Tous les signaux étaient au vert pour nous. Le rejet, par la cour constitutionnelle, de la loi sur la résidence, avait créé un formidable élan populaire autour de notre candidat. La digue avait sauté et plus rien ne tenait devant le cours de ce fleuve si remuant. Finalement, cette histoire de critère de résidence grossièrement glissée dans la loi électorale pendant qu'un certain Ismaël Tidjani Serpos présidait la commission des lois à l'Assemblée nationale, fut tout bénéfique pour Yayi. La machine de la victimisation tourna à plein régime et travailla si bien que dans chaque commune des Collines et du septentrion, personne ou presque n'ignorait plus  le nom…

    Publié le 10 avril 2019
  • Mémoire du chaudron – épisode 58 [...]

    Nous faisons ensemble ces constats : trois décennies après la conférence nationale des forces vives de février 1990, aucun président de parti politique n'est devenu président de la République. Personne, ayant pris part, victorieusement ou non, à une compétition électorale secondaire, n'est devenu président de la République. Pour être plus précis, aucun ancien maire, aucun ancien député, aucun ancien président de l'Assemblée nationale, n'est devenu président de la République. À ces constats, j'ajouterai deux autres sur lesquels vous pourrez ne pas être d'accord si vous n'affinez pas vos observations : personne n'a encore gagné une élection présidentielle après en avoir perdu la précédente. Je vous vois en train de m'opposer le cas de Kérékou, vaincu en 1991, et qui remporte la présidentielle de 1996. Dans ce cas, je vous renvoie à l'épisode 55 de mes chroniques et à l'anecdote de ce Peulh de Kalalé qui, en 2001, n'avait jamais su qu'il y avait eu une interruption de 5 ans dans le long règne de Kérékou. Et surtout, n'oublions pas que tout au long de l'unique mandat présidentiel de Nicéphore Soglo, une frange importante de la population béninoise mettait silencieusement en doute la sincérité des résultats du scrutin présidentiel de 1991.…

    Publié le 9 avril 2019