ARTICLES INVITÉS

  • Mémoire d’un chaudron – épisode 95 [...]

    Il était dix heures environ, ce lundi, onzième jour de campagne électorale, lorsque notre cortège franchit le pont de Porto-Novo. L'atmosphère à l'entrée de la ville était lourde et une certaine tension était palpable. Des badauds, massés dans la zone de l'arrêt des taxis, un peu avant le premier rond-point, brandissaient des posters de Adrien Houngbédji, en nous faisant des signes d'hostilité. C'était bien la seconde fois que nous rentrions dans Porto-Novo en moins de deux mois. La première fois, souvenez-vous, c'était à l'occasion du lancement officiel du projet de société de notre candidat, en janvier. Pour en rajouter à la défiance, l'événement avait été organisé au domicile du président Sourou Migan Apithy, à quelques pas de celui de Adrien Houngbédji, au quartier Adjina. Le symbole était d'autant plus fort que le candidat du PRD avait bâti sa carrière politique post-conférence nationale sur les traces du président Apithy dont il revendiquait l'héritage. D'ailleurs, le sigle du parti PRD est une reprise du PRD du patriarche Apithy, même si les définitions diffèrent : Parti du Rassemblement Dahoméen pour Apithy, Parti du Renouveau Démocratique chez Houngbédji. Mais, toujours le PRD. C'était plutôt un coup de génie et Houngbédji devint très rapidement l'héritier…

    Publié le 22 juin 2018
  • Mémoire du chaudron – épisode 94 [...]

    L'événement politique majeur dans la géopolitique nationale béninoise fut la naissance d'un quatrième bloc politique au sud-ouest. Ce fait consacrera l'apparition, sur la scène politique nationale, de Bruno Amoussou. Il avait jusque-là fait parler de lui à des postes essentiellement techniques, manquant déjà de peu, selon ses confidences dans son livre autobiographique "L'Afrique est mon combat", d'être fait ministre du Plan dans le gouvernement du président Émile Derlin Zinsou. Sa vie privée ne fut pas un long fleuve tranquille sous le Gouvernement Militaire Révolutionnaire dont il fut très proche, étant un ami et un confident du capitaine Michel Aïkpé. La responsabilité technique qu'il assuma et dont les ondes négatives le suivront peut-être toute sa vie, fut la direction générale de la Banque commerciale du Bénin, BCB, qu'il occupa et dont des accusations constantes et persistantes lui feront porter la responsabilité de la banqueroute. Aussi curieux que cela pourrait paraître, ces accusations s'estompaient après chaque élection présidentielle à laquelle il prenait part, pour renaître de manière plus vive à la veille de l'élection suivante. J'ai déjà vu, par exemple, certains de ses posters de campagne vandalisés avec son emblématique sourire, violemment barré du sigle "BCB", écrit à la va-vite avec un…

    Publié le 21 juin 2018
  • Mémoire du chaudron – épisode 93 [...]

    Au commencement étaient les trois patriarches Hubert Maga, Suru Migan Apithy et Justin Tométin Ahomadégbé. La vie politique nationale, à l'orée des indépendances s'organisait autour de ces trois leaders politiques, au gré de combinaisons et de déconstructions diverses. Hubert Maga, leader du bloc politique du nord comprenant les Collines et les départements du septentrion, arbitrait à son avantage la guéguerre entre Justin Tométin Ahomadégbé, leader des Fons, et Suru Migan Apithy qui dominait alors la zone sud-est du pays, caractérisée par un mélange complexe entre Gouns et Yoroubas. Les aires d'influence de ces trois grands leaders politiques post-coloniaux ne doivent rien au hasard, et puisent leur explication dans les méandres de l'histoire du peuplement du Bénin et des rapports parfois difficiles qui ont existé entre ses différents groupes socioculturels. Ainsi, il n'est pas possible d'éviter le parallèle entre la défiance permanente qui caractérisa les rapports entre Ahomadégbé et Apithy, et la guéguerre entre les rois Béhanzin et Toffa. Guéguerre qui atteint son paroxysme pendant l'épopée militaire de la conquête du royaume du "Danxome" par le corps expéditionnaire du Général Dodds. Une page d'histoire qui laissa des frustrations dans l'esprit des Fons qui n'ont de cesse de dénoncer le soutien ouvert…

    Publié le 20 juin 2018
  • Mémoire du chaudron – épisode 92 [...]

    Nous prîmes finalement la route du Mono vers 13 heures. Nous comptions, conformément au programme initial, faire les six communes du Mono à savoir Comé, Bopa, Grand-Popo, Athiémé, Houéyogbé et Lokossa, avant de remonter vers le Couffo. Sur papier, le maillage du département du Mono était excellent et pratiquement tout le personnel politique en vue s'était rangé en ordre de bataille derrière Yayi. Et cela pouvait se comprendre quand on sait que l'UPD-Gamexu de Jean-Claude Hounkponou fut l'un des partis politiques à l'avant-garde du yayisme, et que par ailleurs, l'IPD de Théophile Nata s'y sentait à domicile, avec des têtes de pont comme Moïse Mensah et Francis da Silva. Le landerneau politique du Mono était, il faut le remarquer, en pleine lutte d'affranchissement vis-à-vis de l'hégémonie du PSD de Bruno Amoussou. Ce délitement du PSD, derrière lequel beaucoup d'analystes politiques de l'époque voyaient la main du Général Mathieu Kérékou, n'avait pour autant pas encore donné à ce département un leader politique d'envergure capable de porter son étendard dans une bataille électorale présidentielle dont on connaît bien la rudesse. N'empêche ! Le réflexe politique de l'électorat du Mono, qui vota massivement pour Kérékou en 2001, fut de remettre la table en…

    Publié le 19 juin 2018
  • Mémoire du chaudron – épisode 91 [...]

    Je repense à cette sensation indescriptible que l'on éprouve lorsque l'on rentre dans Cotonou après avoir parcouru, en si peu de jours, tout ce que le Bénin profond a de divers et variés. On se rend compte alors, en voyant cette circulation de plus en plus dense, à l'entrée de Calavi, en voyant ensuite Cotonou dans son train-train habituel, dans cette indifférence involontaire qu'il semble afficher vis-à-vis de vous, comme si vous aviez toujours été là, on se rend compte de cette étrange magie que peuvent offrir les différents tableaux de vie au sein de ce même pays. Nous avions roulé sans arrêt depuis Glazoué. Notre meeting n'avait pris fin qu'autour de cinq heures ou six heures du matin. Je me demande encore aujourd'hui, comment mon allié, Macaire Johnson a pu faire preuve d'une pareille endurance sans être chauffeur de profession. Car, j'avais, au bout de ma résistance physique, dormi tout le long du trajet, jusqu'à Cadjèhoun. De sorte que je n'entendis parler que plus tard, de cet accident qu'eut une des voitures de notre cortège dans la zone de Glazoué et qui fut fatal à un usager de la route. J'aurais pourtant bien aimé être en éveil et contempler…

    Publié le 18 juin 2018
  • [Les confidences d’un prêtre, De roses et d’espérance] -Armel FAKEYE : toit au mot bourgeois : l’amour. [...]

    J'ai senti le besoin de me confier ; de poser ma tête, lourde des multiples charges de la vie, sur les épaules de quelqu'un ; quelqu'un qui, peu importe la race, la langue, le rang social, m'écoutera avec beaucoup d'attention, avec tous ses sens. Et je suis tombée sur cet être calme mais au cœur bouillant de bonté et de douceur ; d'honnêteté et de bonheur ; de clarté à mille couleurs : la poésie. [caption id="attachment_4064" align="alignnone" width="828"] Confidences d'un prêtre, De roses et d'espérance - Armel FAKEYE[/caption] Les confidences d'un prêtre De roses et d'espérance d'Armel FAKEYE, recueil de poèmes édité en Côte d'Ivoire, aux Éditions Maïeutique et lancé officiellement le dimanche 03 juin 2018 à Cotonou, est une idylle à l'endroit de l'amour même. L'amour est pris pour une femme qu'il faut déifier. Allons lui rendre visite avec des roses dans l'espérance d'être apaisés de tous nos maux. La Structure Trois grandes voies font la substance de ce livre. Il s'agit de "Confidences", "Au-delà des épreuves" et "Au royaume de l'amour ". La première voie compte douze passagers (poèmes) et les deux dernières en comptent dix chacune. Quelles sont les substances que comportent ces traces de vers…

    Publié le 11 juin 2018
  • ÉDITION 1 DE LDP : QUAND LES VERS « CLASHENT » ET CHASSENT LE SACHET PLASTIQUE… [...]

    J’ai été, j’ai vu, j’ai aimé ! Édition 1 de LDP (L’heure du Débat Poétique). J’ai vu le soleil dominer le ciel J’ai couru pour l’événement circonstanciel J’ai vu une maison bleue appelée Blue Zone J’ai su que j’y allais prendre ma dose. Alors qu’il était 15h30 alentour, les spectateurs assis sans détour, dans la salle polyvalente, attendaient tous , de joie fous, les débatteurs qui firent leur entrée et de leurs mots n’en ont été grippe-sous. Le clash de vers s’emmancha. Aussitôt mon ouïe jouit à débit pétulant du débat qu’offrirent deux groupes de jeunes bien avertis. Autour de l’interdiction de l’usage ou non du sachet plastique, la sagesse prit place. Les uns défendaient la représentation nationale qui, du pire pour les générations à venir, a fait grâce. Car, le sachet est un « or dur » qui tue mais survit et perdure. Son utilisation doit être radicalement prohibée avec menace de "peine forte" . Du débat à un procès, l’assemblée assista à l’intrusion de deux représentants de » l’or dur »: « Sachez que les sachets plaident coupables mais responsabilisent l’homme dans ses mauvaises habitudes« , se défendirent-ils. J’ai savouré ce goûter littéraire surtout avec cette musique à l’ouïe agréable d’où émanaient les belles…

    Publié le 6 juin 2018
  • Mémoire du chaudron – épisode 90 [...]

    L'agglomération de Tchaourou est le coeur administratif de la commune du même nom, la plus étendue du Bénin. En dehors de cette agglomération centrale érigée en arrondissement, la commune rassemble les arrondissements de Tchatchou, Alafiarou, Kika, Bétérou, Sanson et Goro. C'est une commune majoritairement bariba et peulhe, mais dont le chef-lieu abrite un peuplement plus ou moins ancien de Yoroubas-Nagots venus des régions tchabès au sud, ou du Nigéria à l'est. Dans l'agglomération centrale, on note une présence de populations fons et adjas, installées autour de la gare de chemin de fer qui, après Savè, fut pendant un temps, l'arrêt final des trains de marchandises ou de passagers qui partaient de la gare de Cotonou. Ce n'est que plus tard que le chemin de fer fut prolongé jusqu'à Parakou. On note également, sur le territoire de la commune, un remarquable peuplement yom et ottamari, généralement métayer dans les fermes locales. Yayi appartient à la communauté Nagot de Tchaourou, celle venue de Savè. Et c'est là que son profil devint intéressant pour l'aventure présidentielle de 2006. S'il avait juste été nagot de Savè, il n'aurait sans doute pas gagné les élections, car il lui aurait été impossible d'étendre si rapidement son…

    Publié le 6 juin 2018
  • Mémoire du chaudron – épisode 89 [...]

    Yayi Boni naît à Tchaourou au début des années 50. Quatrième garçon de son père, il ne doit pourtant son éducation qu'à son oncle Aboumon, cousin de celui-ci, dont l'autorité planait sur toute la famille. Cependant, les événements malheureux successifs qui surviennent sur la descendance directe de son père génétique impacteront, à mon avis, profondément la formation de sa personnalité et la perception de ses rapports personnels avec ses nombreux cousins paternels, et de façon plus générale, avec ses interlocuteurs. Je souhaite lui laisser l'autorité de la décision de parler de certains de ces événements quand il comprendra qu'il faut fermer la baraque politique et écrire ses mémoires pour la postérité. Une chose est sûre, il n'était pas bien parti dans la vie. Et cela explique la combativité dont il fut capable plus tard face aux défis de son existence. Combativité, oui, mais complexes et susceptibilités surtout. C'est sous l'autorité de son oncle qu'il grandit, bien que son père soit là. Les circonstances de sa scolarisation, déjà relatées dans maints ouvrages, révélaient déjà une grande pulsion chez ce jeune garçon qui voyait ses cousins partir à l'école chaque matin, alors que lui devait se rendre au champ, avec son oncle.…

    Publié le 5 juin 2018
  • Mémoire du chaudron – épisode 88 [...]

    Principal centre urbain du septentrion, la ville de Parakou offre un intéressant terrain d'étude des rapports complexes entre les différents groupes socioculturels composant le Bénin. L'occupation spatiale du territoire de la ville par ces différents groupes humains fait apparaître de subtiles lignes de failles, lisibles dans les urnes à chaque élection présidentielle. Mais, de façon schématique, quatre grandes zones d'installations humaines composent le damier anthropo-sociologique de la ville. À l'entrée sud de la ville, on trouve essentiellement les populations tchabès dont la légitimité territoriale se fonde sur la présence du palais royal des Akpaki. Il s'agit du quartier "Sinanguru". Précisons ici que pour des raisons liées à l'histoire, les Tchaabè-Nagots se sentent autochtones dans cette cité fondée au 18è siècle et dont le premier roi fut un Nagot élevé et ennobli dans la cour royale de Nikki, au milieu des princes wassangaris. Cette passerelle historique entre les populations Tchaabè-Nagots et les Baribas reste très perceptible dans les plaisanteries séculaires entre ces deux peuples. C'est tout le contraire des rapports de méfiance entre les populations fons d'Abomey et les Gouns de Porto-Novo, bien que le roi Toffa ait été élevé dans la cour royale d'Abomey et que son intronisation sur le…

    Publié le 4 juin 2018