Charly en guerre – Florent Couao-Zotti

« Il avait des raisons d’être en colère, Petit Charly. Il avait surtout des raisons d’être triste. La souffrance, il l’a connue de bonne heure, sitôt sorti des langues du berceau ». (P.17) Cette entame du chapitre deuxième du roman est le résumé le plus probant que l’auteur même donne du roman. C’est aussi le décor liminaire d’une série d’évènements malheureux, caractéristiques d’une période de guerre, qui a marqué la vie de ce garçon identifiable à tous les gamins que nous voyons autour de nous, dans les rues de nos contrées, sur les terrains de jeux ; enfant, l’être frêle et innocent que nous avons tous été, que nous sommes, … Encore dans la fleur de l’âge, il assiste, en témoin presqu’oculaire, à l’assassinat de son père. Ce dernier est accusé de traitrise par ses collègues rebelles. Dans les jours qui ont suivi l’inhumation, avec sa mère et sa chienne Bambou, il doit fuir la guerre qui gagne leur village. C’est ainsi que grâce à une équipe de la Croix rouge, ils vont s’installer dans un camp de réfugiés. C’est là qu’il fait la connaissance d’un ami singulier : Jamba Ray, un rastaman, « un rasta aux locks poudreux, à la barbe sauvage ». Un matin, des rebelles sont venus enlevés des réfugiés au camp, réfugiés parmi lesquels se trouve la « maman » du petit Charly. Ses cris et ses pleurs n’ont pas empêché les ravageurs de partir avec sa mère. À ce niveau, le lecteur est ému au même titre que tous les êtres qui peuplent l’univers du héros. « Bambou, le petit caniche pointait un museau attristé. La chienne était venue le consoler.  Elle qui avait également couru et tenté de rattraper le camion…L’animal vient se blottir contre lui en émettant des jappements mélancoliques. » (p.35) Même Jamba Ray « s’accroupit près de l’enfant et se mit à dépoussiérer ses habits. Lui qui était habitué à discourir sur tout et sur rien…il ne trouva pas le mot pour calmer le petit infortuné. » Grâce à son ami, il continue son séjour au camp dans des conditions devenant de plus en plus dures à vivre. Bambou y trouve la mort. Le troisième être le plus cher de sa vie, après son père et sa mère, lui est aussi arraché par la mort. À l’insu de Jamba Ray, il s’enfuit du camp et dans des conditions particulières, fait la connaissance de John, jeune homme un peu plus adulte que lui, « caporal » de l’une des factions belligérantes. À l’école de John, Charly découvre le chanvre indien – c’est d’ailleurs sur cette scène que s’ouvre le chapitre premier du roman, le maniement de la kalachnikov, la ténacité face à l’adversaire, …

C’est avec ce dernier qu’il a continué son parcours de combattant, sa guerre face aux méandres de la vie.

Sur leur chemin, les deux jeunes hommes ont résisté à la faim, à la fatigue, ils ont échappé à la tuerie, à la noyade, au caïman.  À la recherche de l’aide, ils se retrouvent dans un camion des casques bleus transportant des réfugiés. Charly y revoit Jamba Ray, son ami rastaman. Belle retrouvaille, n’est-ce pas ! Mais bien éphémères beaux jours pour les deux compagnons suis-je tenté de dire ! Car l’artiste va payer de sa vie, le prix de sa témérité quand leur convoi de réfugiés fugitifs est attaqué par des miliciens. Charly va-t-il retrouver sa mère ? A quel prix, dans quelle condition ? Comment va-t-il finir ?

Florent Couao-Zotti, auteur

Ce roman est une fresque d’aventures au goût pathétique dédiée, à première lecture aux enfants, avec les quelques pages entières consacrées aux illustrations graphiques représentant un élément de la scène environnante, mais qui, dans le fond, interpelle la conscience et la responsabilité des adultes, des gouvernants, des politiques en général. Peu importe notre niveau de responsabilité dans la guerre, Florent Couao-Zotti nous invite à voir aussi les enfants, les orphelins et les veuves de guerre. Il quémande presque, je n’exagère pas, un epsilon de sentiment d’humanité à tous ceux dont les décisions peuvent allumer la flemme de la guerre. Il dénonce également l’exploitation de la situation de guerre par certains occidentaux – les photographes vendeurs d’images peignant uniquement le mal être de l’Afrique. Ce que j’y aime aussi, c’est la ténacité dans la naïveté du jeune héros : observateur anodin face à la vicissitude de la vie, il n’a pas perdu de vue son seul objectif, retrouver « maman ».

Le titre à la première publication, « Un enfant dans la guerre » en 1996 aux éditions Haho-ACCT-BRAO, convient mieux à cet ouvrage, à mon avis. C’est avec lui qu’il a d’ailleurs eu le 1er prix du Concours de l’Agence de la Francophonie de littérature africaine pour enfants – édition 1996.

L’observateur Anodin (Ghislain)

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Ghislain GANDJONON, analyste programmeur, professeur et formateur en informatique. Mais ma passion pour la littérature me définit mieux.

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