Une chronique pour niquer ‘‘LE CHRONIQUEUR DU PR’’ (Le dernier livre de Daté Atavito BARNABE-AKAYI) ?

Deux journalistes. Unis par les liens d’une l’amitié de longue date. Ils ne sont pas frères ; ils sont plus que des jumeaux. L’un, ‘‘Le confrère’’, est devenu Président de la République grâce à l’autre. L’autre, ‘‘Le Chroniqueur’’, désormais captif de l’un, est sur le point d’être exécuté. Et ce n’est pas le pire.

Chacun essayera d’imaginer par lui-même le tableau : l’ami de toujours, ton plus-que-frère, celui qui est devenu président grâce à toi, est le même qui t’a fait kidnapper ; comme tu essayes de comprendre, il te jette à la figure : ‘‘ C’est moi qui ai tué ta famille’’ (P60). Toute ta famille ! C’est-à-dire ta femme et tes trois filles. Et encore, nuances ! Tu apprends que les trois filles ne sont pas vraiment toutes les fruits de tes gonades. En somme, l’ami que tu aidas à devenir président te le rendait bien, t’aidant à son tour en assumant tes devoirs conjugaux. Suprême  »gratitude », ton ami devenu président grâce à toi t’avoue avec toute la solennité due à son nouveau rang, qu’il a tué celle avec qui il te faisait cocu, qu’il a tué ta propre femme…pour sauver ton honneur !
Abusé dans sa naïveté, désabusé par la loyauté, désemparé par l’ubuesque de la situation, réaction du pauvre cocu, P63: « Défendre moi mon honneur ? Défendre mon honneur en vérifiant l’anatomie de ma femme et y déposer des spermes en pleine fécondité ? »

Daté Atavito Barnabé-Akayi

Paru en fin d’année 2016 aux Éditions Plumes Soleil sous la plume ensoleillée de Daté Atavito Barnabé-Akayi, Le chroniqueur du PR, (Théâtre), qui a par ailleurs décroché le  Prix du président de la république  (la plus prestigieuse distinction littéraire au Bénin) 2017, est une outrecuidance artistique qui fera date. Et pour cause, le dernier livre en date commis par Daté se présente comme un repas complet avec, en plat de résistance, cette deuxième partie, dont je présente ci-haut la consistance, ou la quintessence, ou simplement l’essence. Bon, bref…

Interdit aux journalistes…et pas seulement !

Bien avant ce plat de résistance, Daté nous offre d’entrée, en entrée, un plat d’une audace digne de cette littérature suicidaire (j’expliquerai plus tard) dont il a le secret. Pour exemple. Le journaliste qui se hasarde à aller à la conquête du contenu de ce livre, est violemment accueilli, dès le premier propos, par un pied-de-nez d’une virulence telle que toute la corporation en porterait les stigmates. Dès le premier propos de ce livre-conversation, l’auteur se livre, par le biais de l’un de ses deux personnages, à une assimilation qui ravage de plein fouet ma fierté du scribouillard qui gagne sa vie en exerçant la profession de journaliste.

Entame du livre, deuxième et troisième phrases, page 15 :  » Le confrère : (…) J’ai particulièrement aimé quand tu établis un rapport cynique entre le terrorisme et le journalisme ! Dire que les journalistes bombardent le monde entier des missiles de mensonges sitôt qu’eux, ils trouvent charnus leurs comptes bancaires ! « 

Journaliste. Terroriste. Dis donc ! Dès que j’ai lu les trois premières phrases de ce livre, je l’ai refermé. Pour mieux encaisser le coup ! Puis j’ai rouvert le livre ; j’ai relu les trois premières phrases ; je l’ai fermé de nouveau. Journaliste. Terroriste. J’ai encore encaissé le coup. J’ai eu une pensée pour tous les journalistes du monde entier. J’ai essayé d’imaginer ce que pourrait être leur réaction, ce que devrait être leur réaction face à un tel affront. J’étais vraiment sur le point de prendre les journalistes en pitié, d’essayer par avance de comprendre leur courroux, d’imaginer ce qu’ils feront quand ils liront les premières lignes de ce livre. Et puis cela m’est revenu comme en écho : ‘‘liront’’… ‘‘Journalistes’’… Je me suis rappelé sur l’instant des conclusions de cette étude qui plaçait les journalistes en bonne place sur la liste de ‘‘ces corporations qui ne lisent pas beaucoup’’. J’ai eu comme un ouf de soulagement en réalisant qu’en effet, les journalistes ne lisent pas beaucoup. Que des journalistes se retrouvent avec ce livre entre les mains et entreprennent d’en découvrir le contenu est une probabilité qui tend vers zéro. Et franchement, tant mieux !

Après l’injure, l’injustice. Après avoir réduit la profession qui me vaut mon pain quotidien au terrorisme, « l’indégandant » Daté se tape le beau rôle en montant de toutes pièces une chevaleresque compétition entre sa profession (enseignement) et la prostitution. Les deux personnages du livre se livrent en effet à un débat pour déterminer qui de l’enseignant ou de la prostituée pratique le plus vieux métier du monde. En lisant cela, j’ai d’abord pensé non sans mauvaise foi que Daté était sous l’effet du phénomène ‘‘woyooo…woyooo’’ quand il a écrit tout cela ; avant de me rappeler qu’au sens de ‘‘vieux métier’’, son livre à polémique est né avant la polémique dite du BangalaGate.

Ainsi donc, Daté range journalistes et terroristes dans le même panier à crabes et s’emploie ensuite à couvrir enseignants et prostituées sous le même drap (sans évoquer les grossesses en milieu scolaire; d’ailleurs pourquoi l’aurait-il fait?) Un enchevêtrement qui S’EXePLIQUE : il cherchait d’abord le bon prétexte pour planter un décor captivant, et ensuite la meilleure transition possible pour se livrer enfin à un exercice qu’il affectionne : croquer l’actualité tout en niquant ceux qui font ladite actu alité.

Comme le découvriront ceux qui s’offrent encore le plaisir d’un bon moment de lecture, la suite de cette première partie est un ramassis d’allégories bien senties, de comparaisons audacieuses et  »d’allusions à peine voilées à la réalité du moment de la fécondité de sa plume à tête chercheuse ». Explication de texte, par le texte. On lit ainsi à la page 19 : « 6 mois de gouvernance, aujourd’hui, au minimum, c’est 18 KG de cocaïne pure. » Pour ceux qui feindront de ne rien comprendre, il remet une couche, page 20 : « Détecter de la coke à l’œil nu, détecter son poids à l’œil nu, c’est comme détecter la radioactivité à l’œil nu ! » La plume de l’auteur s’évertue magistralement à  balayer toutes traces de malentendus à coups de sous-entendus qui ont le mérite d’établir les évidences. Page 22, le second personnage précise ainsi : « C’est pourquoi dans ma chronique, j’ai fait un rapprochement entre empoisonnement et emprisonnement. » La suite se passe de commentaire, chacun lecteur étant capable, par lui-même, de se faire sa propre idée sur les sources d’inspiration de l’auteur…

Quand j’ai fini de lire ce livre pour la 7ème fois ce week-end, je me suis posé la même question : comment une œuvre, qui martyrise à ce point l’institution ‘‘Président de la république’’, et passe cette noble fonction à la moulinette de toutes les allusions et la sacrifie sur l’autel de toutes les illusions, comment une telle œuvre peut-elle recevoir, pour tout châtiment, le ‘‘Prix Président de la République’’ ?

C’est tout simplement « Gègestueux » de constater que la littérature reste l’un des rares secteurs où, dans le cadre d’un concours, le mérite continue d’être, au-dessus de toutes les autres considérations, le seul critère de désignation du lauréat.  A suivre…

PS : J’ai réellement été tenté de lancer cet appel : «  Journalistes du monde entier, mobilisez-vous pour niquer ‘‘Le chroniqueur du PR. » Mais j’ai dû me raviser ; parce que les journalistes lisent peu ou ne lisent pas du tout. Ils ne liront pas le présent texte. Ils ne liront pas ce livre de Daté. Affaire classée ! 

A propos de Yann COLINCE 8 Articles
Colince Yann est journaliste, écrivain et activiste très actif. Il est l'auteur du roman La Princesse du diable, un roman paru à Cotonou aux éditions Sinaï (Nov.2010) , un véritable succès de librairie et tout récemment L'ivrogne de la Sorbonne (tranches d'histoires) paru aux éditions Plurielles en 2015 à Cotonou.

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