Écartèlement – Ganiath Bello

Tremblement  de corps  est  le titre que  porte  les sept   pièces de théâtre issues  de la  4è édition du  concours  national   d’ écriture  ‘’ Plumes  Dorées ‘’. Publié dans le  cadre du grand projet  culturel «  Bénin en création » chez les Éditions plurielles, 2012 Cotonou – Bénin ,  ce recueil de pièces de théâtre a révélé au grand jour et au grand bonheur  des amoureux du théâtre, le génie et le talent de sept jeunes plumes, toutes méritantes les unes que les autres : Hurcyle  Gnonhoue dans Tremblement de corps – Josiane Bio Dafia  dans l’Enfant du péché – OR’a N’ Donousse dans  Owo éshu – Ganiath Bello dans Ecartèlement – Giovanni Houansou dans  sept milliards  de voisins  –  Marie Christelle Legonou   dans  Louise  d’Akotomey et Sylvie Ayanou  dans Iyâ chadé.

C’est avec Écartèlement de  Ganiath Bello que le lecteur a droit à un percutant monologue, fait de rire et de larmes ; de joie et de peine ; de plaisir et de douleur voire de drame. Un monologue à long souffle qui met à l’index la moralité et l’éducation des jeunes filles. En fait il s’agit plus précisément dans cette pièce de Ganiath BELLO, de Jacqueline, fille unique d’une famille nantie. Ses parents veulent la donner en mariage à leur pauvre chauffeur. Paradoxe, n’est-ce-pas? Jacqueline refuse et décide de se réaliser par ses propres moyens. Son beau et grand corps devient son principal atout.  Âgée seulement de 24 ans et employée d’une agence de communication, elle est l’objet  d’une exploitation inouïe. Son patron,  pour des raisons de prospérités financières,  la branche à un richissime homme d’affaires. Mais celui-ci,  très tôt,  tombe amoureux de Jacqueline et décide de l’épouser. Tout est mis à sa disposition : argent – voitures – résidences- voyages sur Europe avec promesse de mariage à l’occidental. Jaloux de la perdre à jamais pour un autre plus puissant et plus riche que lui, son vicieux de  patron scelle son sort à jamais.  A Lomé, où elle doit prendre le vol pour rejoindre son richissime homme, le malheureux patron l’intercepte dans son hôtel, la saoule, la bastonne méchamment et la viole. Jacqueline abusée, désabusée, honnie, humiliée et  dépouillée tombe dans le chaos total et confesse en ces termes : «(…). Je me sens souillée. Mon esprit est sale. Mon corps n’est qu’une pourriture. Je suis à jamais maudite. Je suis une maudite. Je suis enceinte d’un bébé dont le père m’a frappée, violée et menacée de mort. (…) »P.127. Sa vie devient alors une suite de  désillusions qui s’achève  dans le néant. Elle dégringole et tombe de son piédestal, où le compteur de sa vie est ramené à zéro.

Ganiath BELLO, auteure et web-activiste

Par cette formidable œuvre, Ganiath Bello a le mérite de mettre le doigt sur un mal qui mine et détruit dangereusement la vie et la destinée de bon nombre de jeunes filles de la société africaine. Que de jeunes filles n’ont-elles pas abandonné les études à cause de l’ambition démesurée ? Que de jeunes filles, même issues de parents nantis, n’ont-elles pas raté leur vie à cause d’avidité et du clinquant ? L’éducation a reçu de grands coups et tout est sens dessus-dessous. Les valeurs fondamentales et les vertus font grand défaut à la jeunesse. Et c’est ce que regrette Bello. Pour elle, le corps de la femme ne saurait être un prétexte pour réussir dans la vie. La jeune fille doit savoir jusqu’où elle ne doit pas aller. Elle doit être modeste, humble et vertueuse. Elle doit savoir que son corps est sacré et ne doit pas y miser pour réussir à tous les coups, et  se faire une place de choix sous ce soleil où tout est vanité. Elle doit cultiver et développer les qualités, les bonnes pratiques et les vertus qui embellissent l’âme. Paroles de jeune fille bien éduquée et vertueuse, n’est-ce pas ?

En somme, toutes les pièces de Tremblement de corps se valent les unes que les autres. Dans leur ensemble, elles posent des sujets très sérieux, relatifs aux maux qui minent l’humanité. Que ce soit Tremblement de corps, l’Enfant du péché, Ecartèlement pour ne citer que celles-là, chacun des auteurs porte un idéal, défend une valeur et se bat pour une cause. Et c’est la littérature africaine d’expression française qui en sort grandie.

Par Robert C. Asdé

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Ghislain GANDJONON, analyste programmeur, professeur et formateur en informatique. Mais ma passion pour la littérature me définit mieux.

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