Fou d’amour, fou sans Kéfia – Myrtille HAHO

Suite aux mouvements de grève en cours dans le secteur de la santé au Bénin, un jeune brillantissime médecin vient d’être atteint d’une folie de degré supérieur. Vous ne me croyez sûrement pas ! Pourtant, je vous assure que c’est vrai. En tout cas, ce n’est pas moi qui ai imaginé cette histoire. Elle est l’objet de la nouvelle qui a remporté le troisième prix de la cinquième édition du concours national d’écriture « Plumes dorées ». Cette signature de Myrtille HAHO est la première qui a poussé sous les feux de la rampe l’écrivaine aux talents de poète sous-estimés. Le texte fait partie des cinq du recueil de nouvelles « J’ai péché » publié aux éditions Plurielles en 2012 à Cotonou.
Riad Namdou était un médecin érudit. Alors que « le corps médical était en grève », sa dulcinée Kéfia, avec qui il formait un jeune couple, sera victime d’un accident de circulation. Il avait beau secouer ciel et terre, il avait beau faire feu de tout bois en sa qualité de médecin pour maintenir cette dernière en vie auprès de lui, au bout d’un mois de coma, « Kéfia abandonna le combat ». Fou d’amour, fou sans sa Kéfia, il n’a pu s’empêcher de garder le corps de sa défunte épouse au frais.
« Il la secoua comme une poupée de chiffon. Il en fut fou. Fou d’aimer ainsi au point de vouloir la garder pour lui seul, de l’enfermer à jamais dans son congélateur à la maison. Il la vénéra, pria pour elle, lui fit la conversation. Il ne sortait plus, de peur qu’à son retour, elle ne disparaisse. Son corps lui donnait l’espoir illusoire qu’elle vivrait. Il parlait seul. » C’est ainsi qu’il passait « au stade de démence déclarée » comme l’écrit l’auteur Hurcyle Gnonhoué  de Lino Irené Monsô, le personnage principal de la deuxième nouvelle du présent recueil (p.29). Pendant combien de temps réussira-t-il à vivre d’amour pour sa charogne ? A-t-on découvert enfin son jeu ? Quel a été son sort ?
Bref, voilà autant de questionnements qui doivent vous conduire à lire cet ouvrage.
Sur les cinq textes du recueil, j’avoue avoir été à un moment donné dans l’embarras de choix. Mais cette sélection est justifiée par mon désir de rester dans la fièvre de la saint Valentin. L’auteure à travers Riad nous fait le portrait de l’une des absurdités en amour; une absurdité née de la confusion de la possessivité intense, exclusive et démesurée de l’autre avec la pulsion amoureuse.

Myrtille HAHO

Myrtille HAHO remet ainsi en cause le dicton repris en chanson par le chanteur Ricos Campos : « l’amour finit au tombeau ». Il y a aussi la longueur du texte et des phrases, le sentiment de pitié que suscite l’histoire à l’endroit de Riad sont entre autres des aspects qui ont retenu mon attention.
Ce livre est un petit bijou, une petite sucrerie que l’on savoure tout doucement même si les émotions, les sentiments sont des plus mouvementés.

L’Observateur Anodin

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Ghislain GANDJONON, analyste programmeur, professeur et formateur en informatique. Mais ma passion pour la littérature me définit mieux.

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