Joncquet crée, Joncquet assume – épisode 11

Sur le chemin du retour, la conversation entre Théolinda et Olalékan fut lourde, quasi inexistante. La moto fut particulièrement lente ce matin-là. Et l’air frais de six heures parut comme une mousson brûlante dans les yeux du chanteur. Ce matin-là, à la maison, ils ne chantèrent pas, comme à leur habitude, de douces harmonies ou de folles envolées. Elle lui dit des banalités sans grande conviction, et il lui répondit des banalités avec un sourire inconsistant. Elle essaya de proposer ce qu’ils feraient de l’argent.
– Tu paraissais vexé quand je t’ai demandé de m’aider à ramasser l’argent. Ce n’était pas pour t’humilier, chéri, souffla-t-elle avec quelque appréhension.
– Je sais, parlons d’autre chose, dit le jeune homme, de mauvaise grâce.
– Nous avons eu un million, poursuivit-elle, toujours craintive.
– C’est cool, dit-il, essayant en vain de ne pas paraître sec.
– Je pense que tu te sens mal à l’aise dans cette situation. A ta place je serais tout aussi inconfortable. Mais on ne lui a rien demandé. C’est son problème s’il tient à gaspiller son argent.
– Il ne gaspille rien, dit Olalékan. Cet argent nous sera certainement utile. Ce qui m’embête est cette fixation qu’il fait sur toi.
– Cet homme est un malade. Il perd son temps et son argent. Ne parlons même plus de lui. Moi je considère que cet argent vient du ciel, fit Théolinda dans un éclat de rire.
A cette dernière phrase, Olalékan, d’un bond furieux, se retrouva sur les jambes, écarta les bras tendus vers le haut et dit :
– Cet argent vient du ciel, il ne manquait plus que ça. C’est quand même Dieu qui l’a envoyé, en la personne de MBA.
Théolinda ne dit plus rien. Elle se leva et alla enlacer son chéri, qui demeura raide et bourru.
– Ne dis plus un mot, mon amour, fit Théolinda. N’essaie plus de voir ou de comprendre quoi que ce soit. Retiens juste que je t’aime et que je suis à toi, entière et éternelle.
Ces derniers mots attendrirent quelque peu Olalékan. Il leva la tête et ils se regardèrent dans les yeux. Ils s’embrassèrent longuement. Mais ils ne chantèrent pas. Il ne voulait pas écrire ce soir car la ballade serait trop sombre. Et il avait d’ailleurs déjà décidé de ne plus jouer à la guitare.

A propos de Habib Dakpogan 18 Articles
Écrivain béninois, lauréat du prix "Président de la république" 2015 avec le roman "PV salle 6".

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