Joncquet crée, Joncquet Assume – épisode 14

Elle passa bien des jours à statuer sur l’opportunité d’appeler ou pas.
Puis un jour, elle appela, le cœur battant, espérant presqu’il ne décrochât pas. Il ne décrocha guère et elle en fut mal à l’aise. Elle appela le lendemain. Aucune réponse. Le surlendemain, pareil. Elle reprit l’exercice chaque jour et en devint addict, et frustrée.
Puis, par un soir où l’air chuchotait de douces romances à l’oreille des fleurs de son arrière-cour, où Olalekan était parti chanter avec son groupe, elle appela, nerveuse, espérant juste après effacer ce maudit numéro qui la troublait tant.
MBA décrocha.
Il parla un français très acceptable, sur un ton poli, délicat, presque craintif. Il ne proposa aucun rendez-vous. Il avait envoyé sa carte dans l’espoir de lui faire une petite conversation à l’occasion, histoire de mieux la connaître.
– Il y a tellement de choses étranges qui m’intriguent, Monsieur Amani, dit-elle. D’abord, pourquoi avez-vous disparu le soir où vous m’avez donné tellement d’argent ? D’ailleurs, pourquoi avez-vous fait ça ?
Elle entendit un petit rire à l’autre bout du fil.
– Je vous invite à dîner un de ces jours si vous voulez bien. On aura le temps de parler de tout. Ne vous inquiétez pas, je saurai être discret. Mettons jeudi à 22 heures au Novotel.
– Mais pourquoi la nuit ?
– A vous de voir, dit MBA.
Jeudi, c’était leur jour de repos, Olalékan et elle. Et Olalékan en profitait souvent pour aller chanter au cabaret Central de 21 heures à l’aube. Elle pouvait donc s’éclipser vers 22 heures et rentrer avant minuit. Elle ne ferait d’ailleurs rien de mal. La seule chose qui ne tournait pas rond, c’est qu’elle ne parlerait pas de ce dîner à Olalékan, car il manquerait de la tuer. Ce n’était pas encore mentir. N’avoir rien dit en l’absence de question, c’était différent d’avoir mal répondu à la question. Et une seconde chose, comment se faisait-il que MBA ait proposé un jour et une heure qui l’arrangeaient, puisqu’ils facilitaient la stratégie pour contourner Olalékan. Tout ça paraissait curieux et attisait davantage l’excitation de Théolinda à aller à ce rendez-vous.
Elle attendit le jeudi avec un enthousiasme qui frisait l’agitation. Elle passa des jours à choisir la robe, les parures, le parfum, des heures à concevoir le maquillage. Elle ne savait évidemment pas pourquoi elle allait là-bas. Elle se demanda même si elle ne jouait pas inconsciemment à séduire. Puis comme toujours elle trouva l’explication : A quoi sert-il de paraître goujat quand on va rencontrer un homme distingué ?

A propos de Habib Dakpogan 18 Articles
Écrivain béninois, lauréat du prix "Président de la république" 2015 avec le roman "PV salle 6".

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