Joncquet crée, Joncquet assume – épisode 5

Théolinda chantait sans mimer. Elle aimait les chansons à textes et aimait passer un message. Elle s’habillait moins court, avait des jeux de scène plus modérés. Disons plutôt qu’elle était la seule du lot à vraiment porter de vêtement et à ne pas se rouler par terre à la moindre perspective d’avoir cinquante mille. Et elle ne quittait jamais la piste avant d’avoir fini son tour. Avec elle, jamais de racolage à l’intérieur de la salle. Chacun de ses passages était pourtant un événement. Elle donnait vie aux chansons en leur prêtant sa voix chaude, pure et singulière. Divers clients, conquis, lui envoyaient des demandes spéciales qu’elle exécutait avec brio et recevait, pendant qu’elle chantait, quelques billets de banque. Elle n’en reçut jamais de MBA et ne parut guère s’en plaindre.

De sa place du haut qu’il avait fini par adopter, en attendant son tour pour aller faire du R Kelly, du Corneille ou de l’Alpha Blondy, Olalékan admirait sa petite amie, qui était la seule à tenir son rôle avec dignité. Il se demandait si elle était spontanément vertueuse ou si elle l’était juste par respect pour leur amour. Deux ans que durait la magie fusionnelle de ces deux chanteurs de soul. Qu’avait-il bien pu faire d’honorable, pour mériter une fiancée comme Théolinda ? Lui, enfant perdu de Joncquet qui devait tout à Kokou. Il avait toujours en mémoire cette nuit où l’homme d’affaires l’avait repéré alors qu’il faisait la manche avec sa guitare dans un bar pouilleux de ce quartier pourri, et lui avait proposé de l’engager comme chanteur dans son karaoké. Et depuis, il n’en revenait pas de se rendre compte qu’une nouvelle vie était possible pour chacun. Même que l’amour était possible. Et malgré le caractère trempé de la jeune fille, qui le mettait en totale confiance, Olalékan ne se sentait bien qu’après avoir chanté Endless Love avec Théolinda, comme un serment, indéfectible certes, mais toujours renouvelé.

Mais MBA n’avait pas encore fessé Théolinda, et il en dormait mal. Il avait multiplié les liasses aux filles qui venaient s’asseoir sur lui, pensant attiser jalousie et envie chez la chanteuse, mais rien n’y fit. Il décida alors de changer de stratégie.

A propos de Habib Dakpogan 18 Articles
Écrivain béninois, lauréat du prix "Président de la république" 2015 avec le roman "PV salle 6".

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