La muse – Jacques Houégbè

Dans le groupe Facebook Nos racontars de lectures, dans un embarras de choix de lectures entre quatre ouvrages, vous m’avez fait beaucoup de suggestions. J’ai pu enfin choisir La danse des spectres de Jacques Houègbè. C’est un recueil de neuf (9) nouvelles paru aux éditions Plurielles à Cotonou en avril 2018. Pour cette première signature, Jacques déroge aux règles classiques de ce double exercice de la titraille et du style : d’ordinaire, le recueil porte le titre de l’un des textes, comme dans Avec beaucoup de glaçons de Martial Kogon, Etha contest de Habib Dakpogan, L’arbre fétiche de Jean Pliya. Ici, le titre La danse des spectres n’est porté par aucun des neuf textes. Chaque nouvelle étant un spectre à élucider par le lecteur, l’auteur a choisi donner un titre à l’ensemble. Les récits, dans leur globalité, ont des incipit appâtant qui vous rassurent d’une suite des plus épatantes. Mais avec ma détermination de finir ce livre tout de même vêtu avec grands soins et malgré les fautes qui parsèment les pages (cf. les pages 41, 45, 47 par exemple), ma curiosité de lecteur demeure en partie insatisfaite. Nonobstant ces couacs, j’ai choisi de vous raconter la troisième nouvelle, La muse, car c’est elle qui, la première, m’a le plus intéressé. Peut-être que c’est parce que La muse aborde des thèmes d’actualité tel que la gestion du droit d’auteur au Bénin.

Le résumé

Sandra Kpoto, béninoise, nouvelliste, essayiste et dramaturge. Révélée lors d’un concours d’écriture scolaire, elle n’a pas tardé à s’imposer avec son art. Si son renom a vite conquis les horizons de la sommité de la littérature sur tous les continents avec plusieurs prix littéraires, c’est loin d’être le cas avec sa muse : Patrick. Caucasien, fan de l’écrivaine, il est un « Professeur de Lettres et touriste à ses heures perdues » (p.39). Ils se sont connus lors de l’un des voyages de Sandra « sur les plages de Copacabana dans les rayons mourants d’un soleil trop ingrat qui s’en allait. En panne d’inspiration ce jour-là, il réussit à modeler sa trame et de cette rencontre, naquit un roman longtemps considéré comme le meilleur de sa bibliographie. » (pp 38-39). Après cette rencontre, toutes les fois qu’elle est en sécheresse d’inspiration, elle fait appel à Patrick qui sait l’aider à dénouer ses puzzles narratologiques comme à tutoyer les paroxysmes de la volupté. Afin d’honorer au contrat qu’elle a signé avec une maison d’édition européenne, « elle devait produire tous les trois mois, au moins un manuscrit » (p.37). Mais hélas ! Entre temps, dans le souci de mettre fin à cette relation qui tend à l’accoutumance, elle a essayé de prendre ses distances vis-à-vis de sa muse. Mais une fois encore dans l’impasse, elle a dû recontacter ce dernier qui, à son insu, jouissait de bons moments touristiques en Afrique et de surcroît dans son pays, quelque part dans le nord Bénin. Elle le rejoint à Natitingou. Après une soirée sulfureuse dans un cabaret de Tchoukoutou et ensuite au lit la veille, le couple s’improvise une virée touristique aux chutes de Tanongou. En réalité, Folio, le personnage principal de l’intrigue qui fait l’objet de son livre en cours de rédaction se trouve être elle-même. Pour tout déclic, Patrick propose à Sandra de mettre fin à la vie de Folio pour relancer la trame. Alors qu’il invite Sandra à simuler l’étranglement, celle-ci a saisi l’occasion pour finir avec lui. « Elle veut tuer Folio, elle veut réveiller sa muse, s’en libérer ; l’étreindre pour s’affranchir » (pp 49-50). Après l’avoir ainsi étouffé, elle se débarrasse de la dépouille dans une zone profonde du cours d’eau. Incognito, elle quitte les lieux. A la publication de l’ouvrage, elle décroche le prix Nobel de littérature dans son genre.

Une histoire de muse qui amuse le lecteur, n’est-ce pas? Je vous le recommande.

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Ghislain GANDJONON, analyste programmeur, professeur et formateur en informatique. Mais ma passion pour la littérature me définit mieux.

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