La princesse du diable – Colince YANN

La princesse du diable est une histoire aux rebondissements hors de l’ordinaire. Une trame où s’entremêlent des événements avec une précision déconcertante. Rien ne manque pour les beaux yeux du lecteur que nous sommes. Bien au contraire, chaque parcelle de l’œuvre est un délice où la malice du diable met au supplice une princesse égarée. « Cathy, je veux… Je veux me faire avorter… » p 11. Phrase dramatique et mortelle servie par Mona, jeune fille de dix-sept ans, à sa grande sœur Catherine (Cathy), un soir de confidences, de resserrement de liens entre elles. Propos de jeune fille qui essuie le silence pesant de sa mère après s’être fait prendre sur le lit de ses parents en plein ébat avec un de ses répétiteurs. Les heures qui ont suivi cette confession sont celles d’une rétrospection faite par l’aînée sur les frasques de son séjour à Cotonou. Après l’obtention de son baccalauréat et son échec à s’inscrire au Centre Universitaire des Sciences de la Santé de Yaoundé, en dépit de tous les manèges de ses parents, Cathy est envoyée au Bénin pour faire ses études en médecine. C’est le début d’une longue série de mésaventures dont elle sera la pauvre victime. À peine arrivée à Cotonou, elle est dépouillée de son argent par son hôte, une compatriote camerounaise de souche comme elle. Elle fait la connaissance de Elysée qui lui vient en aide et elle s’éprend d’amour pour lui après quelques semaines. Leur liaison connait un tournant majeur lorsque Pat, un fils à papa, issu d’une famille bourgeoise et influente, oblige Élysé à faire coucher Cathy avec lui. Élysé, amant de Cathy menace de faire parvenir des photos et vidéos peu recommandables d’elle à ses parents si elle ne s’exécutait pas. Elle sera dès lors l’objet d’assouvissement des pulsions de Pat jusqu’au jour où celui-ci passe de la vie à trépas lors d’un accident de circulation. Catherine, pour se soulager des souillures dont son corps était victime, se jette dans le lesbianisme et l’inhalation de chanvre indien avec Fiorine sa colocataire. Après la mort de Pat et le regain de sérénité retrouvé, elle repousse Élysé revenu à l’assaut. C’est alors qu’elle fait successivement la connaissance de Johnson, Fernand et du docteur Ben. Elle use de sa relation avec Johnson pour trouver du sponsor pour « l’ONG Le Déclic« , une organisation de lutte contre le Sida dont elle est une grande activiste. L’événement lui permettra de laver publiquement son nom de séropositive que lui collaient tous ses camarades puisqu’elle a été confondue à une personne atteinte du VIH. Après ce nouveau tournant dans sa vie, elle connait à nouveau l’amour avec Ben, un de ses enseignants et docteur au CNH. Elle tombe enceinte et garde la grossesse selon les recommandations de son Ben qui, lui, n’a pas hésité à s’accrocher à une bourse pour le Canada afin d’achever ses études. Du nord des États-Unis, il se fait passé pour mort, abandonnant Cathy et son enfant né entre-temps. Comme si la douleur n’avait pas atteint son paroxysme, maman Charlotte, une camerounaise, propriétaire d’un restaurant de la place, qui s’est volontairement mise au service de Cathy, disparaît des radars avec le petit de cette dernière. Par la suite, elle apprend que la mort de son mari n’était qu’une farce. Elle s’évertue dès lors à la thèse de son doctorat qu’elle obtient brillamment. Tous ces événements se passaient à l’insu de ses parents qui ne se doutaient de rien. Revenue à Yaoundé auprès des siens, elle se confesse à l’un de ses oncles avant de se donner la mort.
Loin des descriptions paysagistes d’un Félix Couchoro, loin des réflexions sociologiques d’un Olympe Bhêly-Quenum, nous assistons, dans cette œuvre, à une fresque de la vie estudiantine, de ce qu’elle a de plus bas, de plus vil. Nous y voyons le poids qu’endosse une innocente fille dès qu’elle franchit le seuil de l’Université. La trahison, l’amour, le lesbianisme, la drogue, le viol, etc. sont les thèmes qui forment la colonne vertébrale de ce récit.

Colince Yann, auteur

Première signature de l’écrivain camerounais résident au Bénin, Colince Yann, La princesse du diable, paru aux Éditions SINAÏ, est structuré en 22 chapitres. L’auteur prête sa voix à deux narrateurs pour transmettre le récit. Le premier, Cathy, est intra diégétique homodiégétique, et le second, son oncle, est intradiégétique hétérodiététique et n’intervient que dans les dernières pages pour narrer la fin tragique de notre héroïne. Le style de l’auteur est simple et livre le message de manière à vous tenir toujours en haleine. Il n’use pas de figures rhétoriques à vous remuer les méninges, ni de citations de grands auteurs, encore moins de réflexions sur les faits de société, que ce soit politique ou sociologique. Colince YANN s’évertue juste à nous faire vivre une histoire où chaque parcelle est un rebondissement.

Par Roméo DEKA

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Ghislain GANDJONON, analyste programmeur, professeur et formateur en informatique. Mais ma passion pour la littérature me définit mieux.

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