La tombe rebelle – Yaya Lawani

Vous l’avez sûrement appris : l’actuel timonier du pays des ivoires n’entend pas laisser le pouvoir. Surprenant ? Sûrement pas pour tous ! Loin de paraître un prophète de malheur, je nous souffle que les conséquences d’une telle boulimie du pouvoir sont fâcheuses. Voire affligeantes. C’est du moins ce que nous enseigne Yaya Lawani dans La tombe rebelle. Pièce de théâtre parue aux éditions Wéziza en 1997, cet ouvrage est une épopée dont le thème principal demeure d’actualité : éternisation de certains chefs d’État, surtout africains, au pouvoir.

À travers La tombe rebelle, Yaya Lawani nous relate une histoire dont l’intrigue se déroule à Kouroukouna, un village bien imaginaire dans lequel règne une monarchie indétrônable. Au centre de l’histoire, se trouve Orélor, le prince régnant. Ses sujets lui vouaient un culte sans pareil. Lors d’un coup de force perpétré par ses amis, dont en particulier Ikakporé, il meurt avec plusieurs de ses sujets. Tout promptement, après la mort d’Orélor, Ikakporé fait le sacre et deviendra roi. La rébellion d’Orélor se fait sentir. Orélor envoie des missives supposées expédiées de l’au-delà plus précisément du carrefour mon destin. Il envoie d’abord une première au roi et une seconde à sa famille. Il fait de même à l’endroit de ses amis qu’il alla retrouver à Soussoukoro dans un hôtel de la ville au lendemain de sa mort. Le roi assassin, pour mériter la faveur des dieux et conjurer le malheur qui est inévitable dès lors qu’il y a effusion de sang et voyant sa réputation bafouée, doit perpétrer certains rites grâce à l’intervention du vieux Eboda, considéré comme le doyen des sages du palais du Kouroukouna. Orgueilleux, il refuse de perpétrer les rites. La lettre autre fois à lui expédiée depuis l’au-delà par Orélor, la défection d’Ikani et de Rizo, deux de ses conseillers et le départ subit de son épouse, le contraignent à se décider. Il vit au quotidien la panique avec la succession des calamités et les apparitions d’Orélor. Au moment il voulait revoir sa position, il était déjà trop tard : il est surpris par les événements : il est malmené et ligoté par une foule des habitants de Kouroukouna qui dansent autour de la tombe rebelle, celle d’Orélor, leur roi assassiné, en chantant ses exploits.

Structurée en neuf scènes regroupées en deux actes, la pièce de théâtre La tombe rebelle lève la voile sur des thématiques aussi variées que inintéressantes. Dans l’histoire de cette œuvre s’entremêlent les thèmes tels que la monarchie, la royauté, la violence, la mort, la rébellion, la déception politique, la tradition. L’angle sous lequel l’auteur aborde certains thèmes, peuvent, et ce à tort, faire classer l’ouvrage dans la pure fiction : l’esprit du défunt qui revient tourmenter ou apparaît au vivant. Mais hélas ! Ce sont des réalités qui courent encore les rues dans bien de contrées africaines. Certains auteurs béninois ont abordé la question tels que Gaston Zossou dans La guerre des choses dans l’ombre ou encore Sophie Adonon dans Pour une poignée de gombos.

Il y a ensuite le style de l’auteur. Tout est écrit en vers. On se croirait avec un certain Pierre Corneille dans Le Cid. Dans les propos des personnages, le rythme et les rimes donnent au lecteur l’impression de lire une œuvre purement poétique. Nous pouvons lire à la page 66 :

« Odjouri: Oui, on l’a rattrapée,

Mais à nouveau elle s’est dérobée.

Aux dernières nouvelles,

Elle serait partie vers le levant

À la recherche d’une étincelle

Qui lui redonne son meilleur allant. »

Cette touche particulière qui n’est pas pour autant propre à l’auteur, est un des points forts de l’œuvre. Cette pièce est un appel lancé à la conscience de nos dirigeants. Vivement qu’il ne sonne comme l’appel du Muezzin.

Yanga Minminton Sébastien, étudiant à la faculté des lettres arts et sciences humaines plus précisément du département des lettres modernes de l’université de Parakou Bénin et également membre du creuset d’émergence en littératures et en valeurs culturelles.

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Ghislain GANDJONON, analyste programmeur, professeur et formateur en informatique. Mais ma passion pour la littérature me définit mieux.

2 Comments

  1. C’est vraiment une analyse poussée,faite avec expertise et dynamisme. Merci pour la réflexion et pour les publications quotidiennes. Notre attachement au blog racontars de lectures,sera pour l’éternité. Je vous en remercie du fond du coeur.

    • Merci cher Sébastien. A travers votre appréciation qui nous gratifie, c’est un défi pour nous de savoir que des fidèles abonnés comme vous nous suivent et trouvent du sens au travail que nous abattons. C’est promis, tant que les livres vont se livrer à nous, nous les lirons pour vous!

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