L’autre goût de la vengeance – épisode 6

Le matin, à 07 heures, Bibouchou était déjà parti au boulot. Prise de honte, Alissa était elle aussi sortie dès le départ de son patron, avec l’intention de ne plus mettre les pieds dans cette maison.

Et c’est ici que l’histoire prend une tournure abracadabrantesque…

Autour de 10 heures, Bibouchou appela sa Bonne. Cette dernière décrocha, avec la ferme intention de lui dire deux mots bien placés et lui annoncer qu’elle ne voulait plus travailler chez eux, qu’elle ne souhaitait plus que leurs chemins se croisent. Elle s’était montrée implacable. Bibouchou avait insisté. L’intonation de sa voix était chargée de remords. Ces mots étaient cousus du fil du repenti. Alissa, toute braquée qu’elle était, fondit sous une telle décharge d’émotion. 
Suite logique, Bibouchou réussit à convaincre la pauvre jeune dame de l’attendre dans une buvette à l’entrée de quartier, promettant à Alissa que c’était essentiellement pour s’excuser ‘‘pour hier’’ et lui remettre une bonne somme d’argent. Il jura qu’il souhaitait mettre à la disposition de la jeune dame des moyens pour l’aider à s’en sortir dans sa nouvelle vie. A 11 heures 30 comme convenu, ils se retrouvèrent au ‘‘Bon coin’’, un maquis-bar non loin du quartier. 
Effectivement, Bibouchou présenta ses excuses à la Bonne, trop bonne sur le coup. Il raconta à Alissa son histoire à lui. Une histoire pathétique et si poignante qu’il réussit à attendrir la pauvre Alissa, allant même jusqu’à lui arracher quelques larmes de compassion. Bibouchou s’était pour l’essentiel apitoyé sur son sort, avec une pointe d’autodérision telle que, hier bourreau de sa Bonne, il passait désormais aux yeux de la bonne Alissa pour une victime, la victime d’un destin à la limite d’une tragédie. 
Après avoir ainsi conquis de nouveau la sympathie de la Bonne, Bibouchou avait réitéré à cette dernière la promesse qu’il l’aidera à se faire une nouvelle vie. En contrepartie, il n’avait formulé qu’une seule doléance : ‘‘La patience’’. Bibouchou avait réussi à convaincre Alissa de renoncer à l’idée de faire sa valise et de lever le camp tout de suite. Sur insistance, la jeune dame avait cédé et accepté de revenir à la maison, juste le temps qu’il fallait pour que son bourreau d’hier et bienfaiteur de l’instant lui trouvât un petit appartement dans lequel il la logerait à ses propres frais. 
C’est ainsi que, ce jour-là, alors qu’il s’en allait être 12 heures, Bibouchou ordonna à son chauffeur d’aller déposer la Bonne à la maison et de revenir ensuite le chercher lui, le temps qu’il finisse de prendre une bière…
Seulement…seulement…seulement… À côté de cette belle séance de repentance ponctuée de belles promesses gracieuses mais pas gratuites (bien que pas fallacieuses), Bibouchou et sa Bonne ignoraient un détail CA-PI-TAL : Karmelle les avait surpris, à leur insu, autour de 04 heures le matin de ce jour-là. Et elle avait entrepris de se venger… Et ce qui ne devait pas se passer se produisit ! 

A propos de Yann COLINCE 8 Articles
Colince Yann est journaliste, écrivain et activiste très actif. Il est l'auteur du roman La Princesse du diable, un roman paru à Cotonou aux éditions Sinaï (Nov.2010) , un véritable succès de librairie et tout récemment L'ivrogne de la Sorbonne (tranches d'histoires) paru aux éditions Plurielles en 2015 à Cotonou.

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