L’autre goût de la vengeance – épisode 1

Karmelle n’en revenait toujours pas. Son mari, son Bibouchou, avec cette…. Non ! Ses yeux n’avaient pas pu voir ça ! Non ! Pas avec cette…cette… Non ! Elle cherchait désespérément une raison pour se convaincre que la scène obscène dont elle a été témoin cette nuit n’était qu’un cauchemar. Elle cherchait. Désespérément. Elle n’avait pas rêvé. Sacrilège…

Il est dix heures. Karmelle est toujours affalée au lit, les yeux hors de l’orbite, la rétine rouge-sang, les glandes lacrymales épuisées d’avoir secrété tant de larmes. Les somnifères qu’elle a ingurgités la veille après avoir découvert l’horreur n’ont pas pu effacer de sa mémoire l’insoutenable vision. Depuis son réveil autour de 08 heures, la belle pleure. Entre deux crises d’hystérie, elle sanglote. Elle se repasse la scène horrible en boucle dans sa mémoire, et la terre vacille sous ses pieds ; et son corps trépigne ; et son cœur saigne. 
« Pas mon Bibouchou…Pas avec cette…. Nooon !!! »
Il est 11 heures. Le regard hagard, les cheveux ébouriffés, l’air d’un zombie, Karmenita imagine déjà sa vie dans un asile. Résignée.

Soudain, une idée venue d’une autre planète la ramène sur Terre. Oui, c’est ce qu’elle fera ! Un sourire niais et démoniaque illumine son visage. Elle secoue la tête, en signe d’autosatisfaction.
« Je vais lui faire ça ! Il va me le payer le salaud… », maugrée-t-elle pour elle-même.

Une fois qu’elle se fut décidée, les préalables se firent à la vitesse de l’éclair. Maintenant, il s’en va être 12 heures. C’est l’heure à laquelle ce machin-truc, qui hier encore était l’homme idéal, le plus doux mari au monde, ce désormais moins-que-rien-de-Bibouchou, rentre à la maison pour le déjeuner. 
Karmelle est au salon, avec Donan Doni dit DD, le jeune qui dirige le modeste salon de coiffure à deux encablures de leur immeuble. Son plan à elle se déroule jusque-là à la perfection.

Quand elle entendra le klaxon du véhicule de son goujat de mari, le compte à rebours commencera. Elle dira à Donan : « Viens, suis-moi ! ». Elle l’emmènera dans sa chambre conjugale, à elle et à Bibouchou. Elle lui dira : « Jeune homme, j’ai remarqué les yeux avec lesquels tu m’as toujours regardée, ce sont des signes que nous, femmes, savons percevoir et interpréter. Je suis aussi au parfum de la réputation de tombeur que tu traînes dans le quartier ; je veux que tu me prouves que tout le bien que l’on dit de toi n’es pas qu’une légende… » En le disant, elle s’approchera de lui, elle promènera son pouce sur les lèvres du jeune coiffeur.

Si ses calculs sont exacts et que tout se passe comme dans ses prévisions, Bibouchou arrivera, ouvrira la porte, se dirigera droit dans leur chambre comme il le fait tous les jours. Il tombera alors sur un tableau inouï : sa femme, dans les bras d’un jeune homme, de ce vaurien de coiffeur. Son orgueil de mâle. Tout le mal qui ira avec. Il en sera momifié, terrifié, horripilé, et, l’espère-t-elle, au moins autant dégoûté que cette nuit, autour de 04 heures du matin quand, réveillée par un bruit insolite, elle s’est surprise de ne pas trouver Bibouchou dans leur lit, s’est levée, l’a cherché et l’a retrouvé dans cette chambre, enfoui entre les jambes de…la bonne ! Cette garce, cette p…. ! Le goujat !

Ah oui ! Sa femme et le petit coiffeur du coin, lèvres contre lèvres. Quand il verra ça, elle tiendra sa vengeance. Elle imaginait déjà la tête que fera son mari, l’ambiance d’apocalypse qui s’installera dans leur ménage. Elle s’en réjouissait déjà quand le klaxon du véhicule de Bibouchou l’arracha à ses rêveries. 
Il était là ! Le top était donné. Sa vengeance pouvait commencer…

A propos de Yann COLINCE 8 Articles
Colince Yann est journaliste, écrivain et activiste très actif. Il est l'auteur du roman La Princesse du diable, un roman paru à Cotonou aux éditions Sinaï (Nov.2010) , un véritable succès de librairie et tout récemment L'ivrogne de la Sorbonne (tranches d'histoires) paru aux éditions Plurielles en 2015 à Cotonou.

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