L’autre goût de la vengeance – épisode 4

La domestique paniqua à peine. Ce n’est qu’à ce moment que Donan Doni, pris au dépourvu, se retourna, pour dévisager l’importun qui perturbait les plus beaux instants de sa vie. Leurs regards se croisèrent. Alissa réalisa que l’amant de l’instant de sa patronne n’était autre que DD. Son DD à elle ! Le visage de la domestique blêmit et devint pâle. Le rire sarcastique céda place à une fureur dévorante.

Comme dans un acte réflexe, Alissa enjamba le vide ; en deux temps trois mouvements, elle était sur le lit. Face à la violence de l’élan d’Alissa, DD s’écarta instinctivement. Cette dernière fit un bond pour se retrouver sur Karmelle, l’agrippa, la griffa, la frappa, essayant de la mordre de toutes ses belles dents jaunies, tout en vociférant de colère.

Surprise, hébétée, ébaudie, éprouvée, Karmelle ne put que subir l’assaut des coups griffes et morsures, tétanisée et paniquée par l’incongruité de l’esclandre et ne sachant plus trop si elle rêvait ou si, effectivement, c’était réellement sa ‘‘poufiasse’’ de domestique qui se tape son mari dans son dos qui, là, la tapait elle, sans ménagement, avec rage et rancœur non contenues. Quand DD, interloqué par la bestialité de l’agression repris enfin conscience et contrôle de la motricité de ses membres, il se jeta sur le lit pour délivrer Karmelle de la rage revancharde d’Alissa.

Sur ces entre-faits, Bibouchou débarqua ! Stupéfaction ! Hébétude…

Dans sa maison, dans sa chambre, sur son lit, il y avait ce moins-que-rien-de-salopard-de-petit-coiffeur, ce vermisseau de Donan, nu comme un ver ; et aussi sa femme, en tenue d’Ève ; et de surcroît sa Bonne, dans l’état d’un orfèvre désabusé. Le ciel lui tombait sur la tête…

Il y a des scènes que l’on ne peut pas comprendre ; il y a des silences que l’on ne peut pas décrire ; il y a des réalités que l’on ne peut expliquer… Bibouchou ne comprenait rien à rien du tout et ne voulait surtout pas faire d’effort pour comprendre quoi que ce soit. Karmelle avait sa vengeance, mais pas sûr que c’était du goût espéré. DD était là, coi après son coït, mais stoïque et l’air insouciant. Que dire de la Bonne ?! Pour une blague de mauvais goût, elle était bonne celle-là !

* * *

Au bout de sept secondes d’un silence qui sembla durer une éternité, c’est Alissa qui la première eu la force de rompre ce concert de sourds.

– Femme voyou ! Mari voyou ! Tous les grands quelqu’un c’est zéro, hein !

Ayant dit cela, elle descendit du lit en trombe, pris la direction de la porte, bouscula le mari en passant, s’arrêta l’instant d’après, se retourna, foudroya DD du regard, le menaça de son index en essayant sans y parvenir de lui proférer quelques menaces verbales, porta ensuite et tour à tour sur Karmelle et Bibouchou un regard chargé de mépris et leur balança de nouveau avec le même dédain que précédemment :

– Femme voyou ! Mari voyou ! Vous-là, ce n’est pas grands quelqu’un, c’est zéro hein ! Zéro dans zéro…

Et elle claqua violemment la porte derrière elle…

(Pour l’instant j’ai faim. La fin de l’histoire est donc reportée. A bientôt !)

A propos de Yann COLINCE 8 Articles
Colince Yann est journaliste, écrivain et activiste très actif. Il est l'auteur du roman La Princesse du diable, un roman paru à Cotonou aux éditions Sinaï (Nov.2010) , un véritable succès de librairie et tout récemment L'ivrogne de la Sorbonne (tranches d'histoires) paru aux éditions Plurielles en 2015 à Cotonou.

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