Le Kleenex qui tue – Hermas GBAGUIDI

« La chair nous réclame aussi son dû. Nous sommes obligés de la satisfaire en même temps que l’esprit. L’être humain est fait de chair et d’esprit. » p18

La faiblesse de l’être humain a été depuis toujours, celle de la satisfaction des plaisirs charnels, d’un corps périssable, qui nous traîne à travers les sentiers, vers notre fin. Ce corps qui fait du sacerdoce du religieux, un sacerdoce de profane, de la promesse de fidélité d’une femme, la promesse d’un ivrogne. Le Kleenex qui tue est la représentation esthétique des conflits qui minent notre quotidien, qui l’animent et qui sont ici incarnés par des personnages pleins de vie et hauts en couleurs.

Le Kleenex qui tue, c’est quatre pièces de théâtre, quatre foyers de conflits sociaux réunis en un recueil : La chute de Capernaüm, Une chambre pour mourir, La femme Mossi est de retour et Le kleenex qui tue dont l’œuvre est éponyme.  Chacune de ces pièces a sa saveur particulière qui la démarque des autres.

Dans La chute de Capernaüm, la plume de Hermas Gbaguidi se dresse contre l’hypocrisie, la tromperie, la bassesse dont fait montre l’ordre religieux, celui catholique en particulier. La sœur Lucie, dernière survivante de Fatima, se désole de voir le barbarisme dans lequel l’humanité est plongée, laquelle humanité ne respecte pas les préceptes et recommandations que la Vierge lui a révélés à elle, sœur Lucie, et qu’elle a transmis aux responsables de l’église censés en faire la diffusion. Elle décide donc de faire une grève de la fin pour se faire comprendre, faire comprendre les révélations de sa Mère, la Vierge Marie. Le Père Augustin, cardinal mandaté par le Saint Siège auprès d’elle pour lui faire entendre raison, l’informe de ce que le mutisme du Vatican quant aux désastres qui surviennent dans le monde est une sorte de péché par omission du Saint Siège qui allègue, pour toute défense, ne pas faire ingérence dans les affaires des gouvernements et puissances du monde, lesquelles sont sous l’emprise de la puissance charnelle. Mais le péché que va commettre le Représentant de Rome en attirant à lui la sœur Lucie pour satisfaire ses pulsions corporelles est tout autant ou encore plus répréhensible. La réaction de la religieuse témoigne de sa position tranchée face à l’incapacité du prélat catholique à respecter leur vœu de chasteté : « Race de vipère, malheur à vous, maîtres de la loi, hypocrites !… Prélats hypocrites et vicieux ! Vous déshonorez toutes les filles consacrées et vierges » p24. La mort de la sœur Lucie et celle du Père Augustin à la fin de la pièce, bien que pathétique, paraissent comme la purification nécessaire au sein de l’église.

À l’instar de cette pièce, toutes les autres sont un appel à la purge des valeurs de nos sociétés. Les personnages sont chacun, en ce qui le concerne, un symbole porteur d’un idéal, incarnant un statut dans la société.

L’écriture frugale de Hermas Gbaguidi témoigne de sa maîtrise du maniement des principes et techniques de la dramaturgie : les didascalies, les répliques poignantes, les jeux d’ellipse, les monologues, … Tout y est simple et d’une harmonie à vous maintenir en haleine.

Le kleenex qui tue, recueil de quatre pièces de théâtre,  est paru en 2014 aux Éditions Plurielles. Son auteur, Hermas Gbaguidi, poète et dramaturge engagé est aussi l’auteur de  La vallée de l’ignorance suivi de L’Odeur du passé, paru en 2003.

Roméo S. Deka

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Ghislain GANDJONON, analyste programmeur, professeur et formateur en informatique. Mais ma passion pour la littérature me définit mieux.

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