LE TRAQUENARD AMOUREUX – ROGER IKOR AGBOHO GLÈLÈ

« L’amour supporte mieux l’absence ou la mort que le doute ou la trahison » p79

L’amour, sentiment admirable et émouvant lorsqu’il est gardé au chaud au creux du cœur, mais aussi sentiment redoutable et brûlant lorsque son objet, l’être aimé, devient suspect ou ne tient plus ses engagements de fidélité. Et lorsque c’est un traquenard qui éprouve de tel sentiment, l’on est en droit de se demander de qui ou de quoi « un piège » peut être amoureux ? A cette interrogation, la délicate plume de Roger Ikor Agboho Glèlè répond à travers ce recueil de quatre nouvelles autant satiriques et sarcastiques les unes que les autres . Voici donc quatre saillantes histoires : Vivo l’amputée, Le correspondant, Coupable plaidé-je et Le cauchemar.
Coupable d’aimer l’expressif style de Agboho Glèlè, la nouvelle Coupable plaidé-je, troisième histoire du recueil attire notre attention puisqu’elle révèle le comble de la traîtrise, du déshonneur de l’homme, mais surtout nous semble la plus représentative de l’œuvre.
Voici donc une histoire passionnante, quoique pathétique et même tragique, où le narrateur homodiégétique fait la rencontre de deux femmes dans un bar : Sikadjo et Fakamè. Très vite, il se lie d’amitié aux deux et succombe au charme de la première, Sikadjo. Après une cour assidue, elle accepte d’emprunter le chemin rocailleux de l’amour avec notre narrateur. Tout allait pour le meilleur du monde pour eux jusqu’au jour où, matée par une forte fièvre, Sikadjo invite son amie et sœur, Fakamè, à accompagner son bien aimé à l’anniversaire de son bel oncle. Le retour de cette manifestation verra l’irréversible. Sous un temps menaçant, nos deux personnages commettent l’irréparable dans la demeure de Fakamè. De cet acte honteux, un fruit a germé. Fakamè refuse de lui ôter la vie, heureuse malgré tout, de connaitre la maternité à son âge si avancé. La nouvelle comme une traînée de poudre parvient aux oreilles fragiles de Sikadjo. Elle rencarde son compagnon qui désormais la fuit. C’est à cette rencontre où la déception, la colère, la méfiance ressenties par Sikadjo se sont mutées en larmes pour ensuite inviter le tragique à interférer dans l’histoire. Prenant ses jambes au cou pour fuir le monstre hideux qu’est devenu notre narrateur, Sikadjo évite de justesse deux accidents avant de se faire renverser par un véhicule. Jusqu’à la mort, elle ne donna point la rémission des péchés de son bourreau. Quelques jours après ce tragique moment, notre narrateur a eu l’information de ce que sa bien-aimée était en état de grossesse.
Ainsi se résume cette nouvelle où l’auteur peint l’incapacité de certains hommes à garder la confiance placée en eux par les femmes et leur faiblesse à maîtriser leur libido. Que ce soit Vivo, Loveta, Sikadjo, ou encore Fifonsi, les quatre personnages principaux de ces quatre histoires, chacune d’elle est destinée à vivre, à jouer un rôle spécifique dans ces récits, portraits de nos vécus quotidiens. C’est une infortune pour elles toutes : humiliante pour Fifonsi, cruelle pour Vivo, désespérante pour Loveta et tragique pour Sikadjo.

Le traquenard amoureux, après « Il était une fois la crise » paru en 1995 aux éditions Flamboyant, est la deuxième œuvre de Roger Ikor Agboho Glèlè, ingénieur économiste, doctorant en science de gestion. L’œuvre est parue aux éditions Plumes soleil en 2015.

Par Roméo Deka

A propos de Observateur anodin 141 Articles
Ghislain GANDJONON, analyste programmeur, professeur et formateur en informatique. Mais ma passion pour la littérature me définit mieux.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire