L’ivrogne de la Sorbonne – Colince Yann

L’auteur de La Princesse du Diable a encore écrit ! Cette fois-ci, loin de l’humour noir de son premier roman, mais tout en restant fidèle à son style, il provoque voire malmène l’humour du lecteur au fil des mots, des pages, d’histoires autour de La Béninoise et des Béninoises.

J’ai du mal à le classer. Certes, selon le professeur Roger Gbégnonvi, le préfacier, « l’ivrognerie de la sorbonnarde (…) est un genre bien à part et plus pernicieux qu’il n’y paraît au premier regard ». Mais pour moi lecteur, ce n’est exactement ni un recueil de nouvelles ni un roman car, dans la première partie intitulée L’ivrogne de la Sorbonne se raconte, faite de « ramassis de textes » – comme l’indique l’auteur lui-même dans son introduction liminaire, les récits aux titres parfois énigmatiques se suffisent à eux-mêmes et n’ont donc pas besoin d’être dans un tout pour avoir un sens. Ils ne respectent d’ailleurs aucune chronologie. Mais le premier texte, L’amour, ça tue, un récit aux allures autobiographiques, qui semble avoir donné le ton, planté le décor pour tout ce qui suivra dans cette partie de l’œuvre, justifie le contenu des autres.

C’est une histoire à la tel père tel fils

Le prince Yan est né « par accident » d’un père ivrogne, Camerounais, chauffeur de taxi et surtout … bel homme. Sa mère, institutrice de formation et de profession, de même nationalité que le père, n’a pas tardé à faire savoir à celui qui sera plus tard le père de son unique enfant, son amour pour lui. Mais ce dernier se limite à lui être « l’homme-qui-lui-fait-la-chose ». C’est après avoir surpris une dispute comme c’est souvent le cas quand « l’homme-qui-lui-fait-la-chose » est bourré, que Prince Yan, le narrateur, a « cherché à comprendre l’histoire, toute l’histoire ». Les deux vont se confier à leur fils : le père a choisi y aller directement tandis que la maman a préféré se confesser à travers une lettre. Si « le salaud » de père s’est juste contenté de raconter au petit ses aventures avec la jeune fille naïve qu’était sa mère, il n’a pas pour autant renié la paternité du garçon, au contraire il se mirait à travers lui : son « visage à lui tout seul était un test d’ADN… ». Pour la maman qui ne vivait plus au temps de la narration, Prince Yan est le fruit de sa rencontre avec l’homme qu’elle aimait. Et cet amour sera l’épice principal de l’éducation du garçon. Elle lui promettait un avenir de grand intellectuel : « Elle me parlait de Paris-Dauphine, de La Sorbonne, et me jurait qu’elle consentirait tous les sacrifices nécessaires pour m’offrir le sésame qui donne l’accès au temple du savoir ». D’où son rêve d’aller à La Sorbonne. Mais sur son chemin, au lieu de La Sorbonne, l’université française, c’est plutôt à La Sorbonne, restaurant béninois, qu’il va atterrir. Là, il fera une double connaissance : « la connaissance de la Béninoise en bouteille, par l’entremise d’une Béninoise en pagne ». Il s’ivre de la première qui se vend à la Sorbonne et s’offre des parties de plaisir avec les secondes. C’est dans ce bar où il a « élu domicile » qu’il prendra notes de ses rencontres dont chacune est à l’origine de chaque histoire du livre.

Mais il faut notifier qu’en deuxième partie, où L’ivrogne de la Sorbonne fait de la littérature, Il y a deux textes de nouvelles du moins qui respectent les caractéristiques de ce genre. Il s’agit d’une leçon sans caleçon et Les mangeuses de profs

Voilà un vrai foutoir comparable sur bien de plans à Verre cassé d’Alain Mabanckou, Colince Yann. D’abord, il y a le lieu où vient rester le narrateur pour écrire ses récits. Tous sont restés dans un bar : ici à La Sorbonne et Le crédit a voyagé dans le Verre cassé. Il y a aussi un début de récit aux allures autobiographiques dans lequel chacun des deux narrateurs tente de justifier ou de trouver un bouc émissaire à sa passion éthylique. Il y a aussi des termes abordés tels que l’alcoolisme, le sexe, la prostitution… Et un peu plus loin, on peut aussi établir une similitude dans les styles qui défient l’humour du lecteur.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la prose, la musicalité sur chaque pan de page. Des jeux de mots sur lesquels on a du plaisir à suspendre la lecture, à relire, à murmurer avant de continuer. « On n’est ce qu’on naît. », « Dans ma nouvelle ville, vivant ma nouvelle vie, je me balade. », « notre père qui erre aux cieux »…La simplicité du style qui me faire croire que l’auteur s’adapte au goût de ses lecteurs tout en restant fidèle à lui-même.

Si je devrais coller à cette œuvre de Yann une étiquette, je n’hésiterai pas à écrire interdit aux mineurs!

Je vous recommande vivement la lecture de L’ivrogne de la Sorbonne mais aussi de La Princesse du diable qui est un roman paru aux éditions Sinaï, 2012.

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Ghislain GANDJONON, analyste programmeur, professeur et formateur en informatique. Mais ma passion pour la littérature me définit mieux.

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