Ma part de virilité : Chers écrivains, vous êtes des imposteurs !

Oups ! Je rectifie : …NOUS sommes des imposteurs. Trop d’écrits vains polluent l’environnement littéraire. Un nombre impressionnant de personnes se prennent pour les écrivains qu’ils ne sont pas.

J’explique. Au sens le plus strict, « Est professionnel d’un métier X toute personne qui tire l’essentiel de ses revenus de l’exercice ou la pratique du métier X ». Ainsi, on dira d’un tel qu’il est journaliste quand il tire l’essentiel de ses revenus de l’exercice de la profession de journaliste. On dira de tel autre qu’il est écrivain lorsqu’il vit essentiellement de sa pratique du métier d’écrivain.

En se référant à cette seule définition, on en vient au constat que seul Florent Couao-Zotti ( FCZ) peut objectivement être cité comme écrivain. Ajoutons  »professionnel ».

Florent Couao – Zotti, écrivain béninois

Heureusement, cette définition ne confère de facto aucun talent, aucune supériorité ni tous les lauriers. Restons sur FCZ pour expliquer. Florent est incontestablement l’écrivain béninois de l’heure le plus connu à l’internationale. Paradoxalement, Florent n’est ni la meilleure plume de l’heure au Bénin, ni l’auteur le plus lu au Bénin. Notons. Mis à part Les fantômes du Brésil, œuvre de FCZ inscrite au programme ( et donc,  »imposée »), très peu de lecteurs peuvent vous citer les œuvres de FCZ qu’il ont lues d’initiative personnelle. Pour ma part, j’ai assez lu FCZ. J’estime que sa plume est conventionnelle, toujours  »dans les règles de l’art ». Et c’est ce qui fait MON problème avec cette plume trop  »comme il faut », pas assez folle, chiche en digressions et entorses aux règles, trop professionnelle et donc pas assez extravagante à mon goût. J’aime à dire que depuis Un piège sans fin du doyen Olympe BHÊLY-QUÉNUM, le roman PV salle 6 de Habib Dakpogan est l’autre livre-référence, le seul, digne de trouver une place au musée de la littérature. Et je ne le dis pas parce que Habib serait mon ami, loin de là. D’ailleurs, il y a de cela une semaine jour pour jour, il a célébré son mariage sans m’adresser la moindre invitation ; sans m’associer, ne serait-ce qu’en qualité de ramasseur de bouteilles de Béninoises (la bière nationale, ndlr) pas complètement vides sur les tables des invités. C’est dire si j’ai de bonnes raisons de dire tout le mal que je pense de ce type qui, je dois le reconnaître à mon corps défendant, est incontestablement ce qui se fait de meilleur actuellement en littérature au Bénin.

Ce que j’essaye de démontrer en citant ces deux plumes c’est qu’on peut ne pas être un écrivain professionnel et réussir malgré tout à s’imposer comme un excellent écrivain.

Malheureusement, de nombreuses personnes qui s’attribuent la  »qualité » d’écrivain ne sont ni des écrivains

Roman PV Salle 6, Prix du Président de la République 2017

professionnels, ni des écrivains dignes de ce  »titre ». Ici aussi, j’explique. J’entends par  »écrivain » toute personne capable, par la qualité de sa plume, de convaincre un éditeur. Hélas ! la pratique courante fait croire qu’il suffit de noircir quelques pages, de sortir l’argent de ses poches pour payer les services d’un imprimeur, d’avoir ainsi son  »livre » et de conclure « Je suis écrivain ». Non ! Celui-là est tout au plus un commerçant. La littérature répond à certaines règles, même non écrites, mais fortes de leur logique et de leur cohérence. Tout auteur qui n’a jamais été édité « A compte d’éditeur » devrait tourner sa langue plus de sept fois dans sa bouche avant de se présenter comme écrivain. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les appels à candidatures dans le cadre d’octroi de bourses de résidence d’écriture, précisent entre autres critères de sélection : « Produire un contrat qui prouve que vous avez déjà été édité au moins une fois à compte d’éditeur par une maison d’édition sérieuse ». Cette précision veut tout dire. Cette précision indique qu’un écrivain est reconnu comme tel à partir du moment où sa plume a suffisamment séduit un éditeur jusqu’à convaincre ce dernier de mettre ses propres moyens financiers dans l’édition du manuscrit dudit écrivain.

 Je me résume : sortir ses propres sous pour financer l’impression ( ou l’édition) de ce que l’on a soi-même écrit ne fait pas de nous un écrivain. A défaut d’être modestes, sachons rester humbles dans notre coin quand ça parle de littérature, d’auteurs ou d’écrivains… Mais entendons-nous : je ne fais pas ici un procès aux préposés au titre d’écrivain. Si les rappels et constats ici faits appellent une question, ce devrait être celle-ci : et si les premiers et principaux responsables de ce mélange de genres étaient…les éditeurs ? Mais rendre les éditeurs responsables de ces galimatias serait reconnaître qu’ils existent ès qualité. Plus inquiétant, on peut penser que le ministère de la culture vient d’apporter sa contribution à l’enlisement de la confusion généralisée qui règne dans le secteur quand on scrute le déroulé du concours Grand Prix littéraire du Bénin ; lequel concours a connu son épilogue hier à l’hôtel Azalaï dans un climat de consternation.

En effet, en conférant aux seuls éditeurs le droit de présenter des œuvres dans le cadre de ce concours, les imitateurs ont pris un gros risque. Le risque de donner un coup d’accélérateur à un phénomène qui inquiète : les auteurs-éditeurs. Chaque individu qui a un peu de moyen ( et aucun talent) pourrait désormais créer SA maison d’édition, faire éditer tout et n’importe quoi, juste pour s’assurer que ces œuvres, ses œuvres, pourront concourir pour les prochaines éditions du Grand Prix Littéraire. Et bonjour les écuries d’Augias !!!

Pourtant, pour enrayer cette désastreuse dynamique ( des écrivains qui n’en sont pas, des éditeurs qui ne le sont que de nom), il existe un prometteur début de solution. Ce début de solution consiste, pour la prochaine édition du concours Grand Prix Littéraire du Bénin, à accepter uniquement les œuvres produites à compte d’éditeur. Ce qui implique, en amont, d’aider financièrement ceux qui se présentent comme éditeurs à devenir effectivement ce qu’ils prétendent être. Autrement dit, il urge de financer la professionnalisation du secteur de l’édition… Et tout le reste suivra ! Et on arrivera à très court terme à un contexte où toute structure incapable de produire à compte d’éditeur au moins trois ( 03) auteurs par an, perdra de facto le prestigieux sésame d’éditeur. Simples suggestions !

Pour le reste et pour conclure, je tiens à souligner que les idées émises ici sont des avis personnels que j’assume entièrement. J’entends déjà des cris d’orfraie, des procès ad hominem, des répliques intuitu personæ, des interrogations à tête chercheuse : « mais qui est-il, ce bras court? », « Pour qui se prend-il », « il est même  »doux »? ». Et des réactions scandalisées dans le style « Il n’est même pas ci… Il n’a même pas ça… », etc.

Si ce n’est pas trop demandé, merci d’ignorer mon gros ventre et ma petite personne et prenez-vous-en uniquement aux idées et ou arguments qu’ici j’ai essayé de développer dans la limite de mes facultés intellectuelles.

Et vive le débat d’idées pour que vive la littérature au Bénin en 2020 !!!

Par Colince Yann ( prétendument appelé Le Sorbonnard), auteur du roman La Princesse du diable édité A COMPTE D’ÉDITEUR, paru en décembre 2010 aux Éditions Sinaï à Cotonou ( et réédité en 2018 chez LAHA éditions)

A propos de Yann COLINCE 9 Articles
Colince Yann est journaliste, écrivain et activiste très actif. Il est l'auteur du roman La Princesse du diable, un roman paru à Cotonou aux éditions Sinaï (Nov.2010) , un véritable succès de librairie et tout récemment L'ivrogne de la Sorbonne (tranches d'histoires) paru aux éditions Plurielles en 2015 à Cotonou.

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