Mémoire du chaudron : épisode 2

Dès que la voix fluette de l’assistante à l’autre bout de l’interphone annonça [simple_tooltip style=’background:pink;color:black;’ content=’Avocat et homme politique franco-béninois ayant exercé au Barreau de Paris et au Barreau du Bénin. Candidat aux élections présidentielles de 1996, 2001 et 2006, il est le fondateur du Congrès Africain des Démocrates, parti politique créé en 1997.’]Lionel AGBO[/simple_tooltip], Yayi activa dans une telle fébrilité la gâchette d’ouverture de la porte d’entrée du bureau, que le crissement sourd du déclic nous fit presque sursauter. Me Agbo apparut, dans une tenue locale blanche, svelte et légèrement courbé vers l’avant, un grand calepin de prise de notes enserré dans l’aisselle. Malgré les petits clins d’œil amicaux que nous échangeâmes discrètement avec lui, je perçus sa surprise de nous retrouver là.

Maître Lionel AGBO
Maître Lionel AGBO

En cette année-là, Yayi occupait encore le bureau Présidentiel hérité de son prédécesseur le général Mathieu Kerekou, dans l’ancien bâtiment du Palais. C’était un modeste rectangle de moins de cinquante mètres carrés au bout d’un long couloir. Alors que tout le monde le pressait d’y changer tout le mobilier utilisé par son prédécesseur, le Président Yayi décida de le garder en l’état. La grande table de travail en bois massif, la petite bibliothèque de rendement, les fauteuils de séjour en cuir autour d’une petite table basse. Cependant il ne put résister aux différentes exhortations à renouveler la moquette au sol. J’ai toujours eu ma petite explication sur la chose. Le fait de conserver le bureau en l’état, l’avait plutôt aidé à vite rentrer dans la peau du Président de la république. C’est un rythme personnel qu’il expérimenta déjà avec une certaine satisfaction, quand douze ans plus tôt, il alla remplacer, à la tête de la [simple_tooltip style=’background:pink;color:black;’ content=’Banque Ouest Africaine de Développement’]BOAD[/simple_tooltip], Aboubacar Baba-Moussa, le père de Yasmine Baba-Moussa, qui deviendra d’abord sa secrétaire particulière à Lomé, puis son assistante à la présidence  du Bénin.

Yasmine était une petite dame pleine de vie. Pour avoir déjà suivi Yayi pendant tant d’années, elle faisait partie de ceux qui pouvaient se vanter de vraiment le connaître. De son poste d’assistante du Président de la république, elle avait un regard gyroscopique sur les grands dossiers du pays. Personne n’était assez insensé pour se la mettre à dos.

Le Président invita chaleureusement Lionel Agbo à prendre siège. Tous les fauteuils de séjour étant déjà occupés, l’un d’entre nous céda place et alla tirer péniblement l’un des fauteuils visiteurs en face de la grande table de travail du maître du pays. L’épaisseur de la moquette rouge-bordeaux ne facilitait pas, en effet, les roulements.

  • Maître, vous avez suivi les petits de [simple_tooltip style=’background:pink;color:black;’ content=’Une des chaînes de télévision les plus suivies au Bénin.’]Canal 3[/simple_tooltip] ce matin ? , lança Yayi à brûle-pourpoint.

Puis, sans faire attention aux premiers mots de Lionel Agbo, il enchaîna:

  • Je me fais répéter du matin au soir que ma communication ne marche pas. Tous les diplomates ne cessent de me le dire. Wade m’a dit récemment encore que je ne tiendrai pas longtemps si ça devrait continuer comme ça …

( la suite à la prochaine inspiration😇)

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