Rumeurs de la brousse profonde – Cha-Toko NAROU N’GOBI

Si la littérature est un arbre et que les différents genres en constituent les branches, chaque auteur peut à loisir se poser sur la branche qui lui plait. Ne dit-on pas que l’oiseau ne se pose que sur la branche de son choix? Cha-Toko NAROU N’GOBI a fait son choix. Il renoue avec ses racines en déclarant son amour fou pour le conte. Il a trouvé sa branche de prédilection, s’y est posé et n’entend pas en être délogé. En lisant son chef-d’œuvre : ‘’RUMEURS DE LA BROUSSE PROFONDE’’ l’on peut dire que le conte lui va bien. L’œuvre est parue aux Editions ‘’Nouvelles Racines’’ et  renferme cinq belles histoires aussi croustillantes les unes que les autres. Des histoires qui nous renvoient dans un passé lointain, dans ce jadis sauvage en Afrique où Dieu et l’Homme étaient Noirs. Mythologie? Légende? Audace d’une affirmation des racines nègres de Dieu ou la revendication d’un Dieu Noir? De toute façon, il y a dans cette formulation de Cha-Toko NAROU N’GOBI une provocation et une volonté d’affirmer sa négritude.

Résumé de chaque conte

Le premier conte ’’Suanon Nan Gongui’’ met en relief  le village de Sontou et le chasseur Suanon Nan Gongui, homme vénéré et craint du village entier à cause de sa spécialité de chasse : celle de Buffles. En effet, à l’époque où il officiait comme chasseur de classe exceptionnelle, n’importe qui n’était ou ne se faisait chasseur de buffles. En ces temps immémoriaux, la chasse aux buffles s’avérait plus dangereuse que toute autre chasse. Ainsi, respecté et aimé, les griots n’ont de cesse de louer ses exploits qui lui attiraient l’admiration des uns et la haine des autres. Le roi du village était de ces derniers. Les bienséances ou la tradition de sa  tribu voudrait qu’un chasseur ait de l’attention envers le roi à son retour de la chasse en lui manifestant sa générosité afin de continuer de bénéficier des grâces des dieux et du roi. Mais Suanon Nan Gongui était réputé pour son orgueil et n’a jamais rempli son devoir vis-à-vis du roi. Le roi le convoqua alors pour le ramener à l’ordre. Mais le chasseur révéla aux yeux de tous son irrévérence en se suspendant en l’air et ordonnant au roi de plier sa terre pour qu’il installe la sienne. Le roi lui rappela que tout ce qui sort ou vit sur sa terre était sous sa juridiction, avant de lui faire entendre qu’il n’attrapera point un quelconque animal sur cette terre. Mais c’était sans compter sur la capacité qu’avait le chasseur à se sublimer. Il prit les paroles du roi pour un défi et réussit à abattre un buffle qui à son tour lui prit sa vie en l’éventrant. L’effronterie du chasseur a été enterrée par les coups de cornes du buffle. Les deux ont péri : le chasseur et le buffle.

Mais à cette effronterie s’ajoute le goût du luxe chez Bata Yinkou Monra, dans le deuxième conte. Un jeune griot qui, après avoir affiné et rendu son art attrayant sous l’égide de son maître, trouva que ce dernier ne lui servait plus à rien. Il l’humilia publiquement avec sa verve griotte, ce qui déclencha une honte chez son maitre qui se suicida. Ivre de gloire et de richesse, il parcourut plusieurs grandes personnalités qu’il trouvait toujours moins fortunées et qu’il quittait en les humiliant. Mais il rencontra malheur en chemin en rencontrant Tassou Ankara Garougo qu’il humilia aussi. Ce dernier  ordonna à ses sbires de lui donner une sacrée correction. Ce qui fut fait. L’aura du prétentieux artiste se flétrit aussitôt.

Le troisième conte met en exergue la jactance de Gandé Daan Gbegba Saarou. A la mort de son père, Gandé Daan Gbegba Saarou démontra sa force devant la foule rassemblée. Il faisait excessivement chaud. Le soleil régnait, impitoyable, tyrannique. Insensible aux jérémiades de la foule qui attendait depuis longtemps, Il entreprit de faire sécher la dépouille paternelle. Et comme pour impressionner la foule, il pénétra dans la bourse, revint avec quelques bois secs qu’il planta dans la cour. Aussitôt les bois devinrent des arbres et couvrirent d’ombre la cour. Savourant ses exploits, il alla comme un étranger, défier non seulement le grand occultiste Pérénou Gninsy qui sut bien deviner ses intentions et lui donna une bonne leçon avec cette phrase’’ si les nuages se forment, le marigot le sait’’, mais aussi la vieille Kouro Monro qui lui offrit un repas copieux garni de poissons. Il mangea mais n’arriva à manger les poissons car chaque fois qu’il y touchait, les poissons lui glissent entre les doigts. Il comprit qu’il y plus grand que lui.

Le quatrième conte met en relief la puissance occulte de Worou Massiagui, un homme qui fut délaissé par sa femme le jour de leur mariage pour s’atteler à un autre comme la femme qui doit ramasser la cendre de célibat dudit homme avant qu’il n’épouse la sienne propre. Worou parvint, grâce à son ami, à la retrouver, le lava d’affront et rentra avec la nouvelle épouse dudit homme et fit de l’homme un esclave.

Et le cinquième conte nous montre la pluralité des forces occultes, lors des cérémonies d’enterrement de la vieille prêtresse Maro Monro Kpagnéro, où plusieurs maîtres se sont affrontés. Le recueil doit sa richesse aux faits historiques probants qu’il met en lumière, la précision des lieux ou villages dont la plupart existent encore de nos jours notamment dans le Nord du Bénin, les nombreuses maximes attrayantes dont il est tissé. L’œuvre gagne aussi par la clarté et la simplicité du style. Prenez et lisez.

Par Ricardo AKPO

Ricardo AKPO est étudiant en troisième année Histoire et Géographie à Ecole Normale Supérieure de Porto-Novo

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Ghislain GANDJONON, analyste programmeur, professeur et formateur en informatique. Mais ma passion pour la littérature me définit mieux.

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