Témoignage sur Tiburce Adagbè, l’auteur de MÉMOIRE DU CHAUDRON

Tiburce Tolidji ADAGBE a été un camarade de classe. Nous nous sommes connus au cours de l’année scolaire 1984-1985 alors que nous étions en classe de cinquième au Collège d’Enseignement Général  (CEG) 1 de Parakou rebaptisé entre temps CEG Hubert KOUTOUKOU MAGA. Il a été également un ami (et il le reste d’ailleurs) car en dehors des classes on se rendait visite à domicile jusqu’en classe de troisième où nous étions dans le même groupe d’études. Surtout quand il s’agissait de faire des exercices de mathématiques.

Au cours des années 1980, les activités sportives, culturelles et artistiques étaient organisées dans les établissements d’enseignement et chaque élève devrait s’inscrire dans l’une de ces activités qu’il choisissait librement. Tiburce et moi étions inscrits dans le même groupe d’activités artistiques où nous nous essayions au dessin et spécifiquement à la calligraphie, la sérigraphie et au portrait sous la direction du collègue Béo Euloge AGUIAR (Alias MASTA COOL). J’ai toujours regretté que cet autre talent de Tiburce  ne lui soit  connu que par  de très rares personnes. Mais lorsqu’il s’était inscrit en géographie à l’université et surtout lorsque j’avais vu sa passion pour la presse, l’art graphique  et  pour l’édition, je m’étais dit il était enfin en train de revenir vers son second amour après la littérature.

Tiburce était un camarade de classe calme, presque timide mais qui était capable de  restituer ou de  faire un compte rendu de lecture avec tellement de détails que vous aviez aussitôt l’envie d’aller chercher le livre pour le dévorer séance tenante. Si j’ai eu un goût pour la lecture, c’est parce que Tiburce me parlait avec passion du contenu des livres avec certains détails qui rendaient le récit très intéressant, mais des détails que je ne découvrais parfois qu’à la deuxième ou à la troisième lecture. C’est dire donc qu’il lisait les livres sans qu’aucune subtilité ne lui échappe. C’est pour dire en fait  qu’il était d’une grande capacité de concentration et suivait avec attention et dans les moindres détails son interlocuteur. Il avait également une capacité à lire des livres volumineux et en un temps record.

Tiburce adagbè, auteur

Grâce à Tiburce, je m’étais inscris à la bibliothèque départementale où j’avais commencé à lire des livres autres que ceux prévus au programme. Je peux citer comme romans  qu’il m’a amené à lire : _Le vieux nègre et la médaille, Pain sucré, La palabre stérile, Chloé en eau trouble, La calebasse de koka bala, Les aventures de Tintin, etc._
Tiburce était donc un amoureux des romans, de la lecture et donc de la littérature. Tout ceci expliquait surement ses excellentes notes en français particulièrement dans l’épreuve de rédaction. Je me souviens comme si c’était hier de ce sujet de rédaction qui nous été proposé par notre professeur de français Blaise DJIHOUESSI au cours d’un des devoirs surveillés de français. L’énoncé était presque ceci « Les fêtes de fin d’année s’approchent. Vos parents n’ont pas les moyens de vous acheter des jouets et vous décidez de fabriquer vous-même un jouet. Racontez comment vous vous y êtes pris et décrivez le jouet que vous avez fabriqué ». Le professeur a été tellement séduit par la production de Tiburce qu’il a décidé de partager avec nous la raison pour laquelle il lui avait donné une si belle note (16,5/20). La production de mon ami était en effet captivante  et je me souviens d’une portion de phrase « … Marie me souriait et Jésus me lorgnait… « . L’amour de Tiburce pour la lecture l’a amené à s’essayer à l’écriture. Pendant que nous étions en troisième, il avait déjà écrit deux nouvelles de grande valeur littéraire que j’avais eu le privilège de lire. Je crois qu’il doit rechercher ce fameux cahier dans lequel se trouvait le manuscrit de ces nouvelles afin de les relire pour leur édition et publication.

Puis il se passa un événement malheureux qui nous marqua tous. A quelques semaines de l’examen du Bepc, Tiburce était devenu introuvable en classe. Une maladie mystérieuse le cloua au lit. Il ne se levait plus et parlait péniblement. Finalement je ne l’ai revu que dans le centre de composition du lycée Mathieu Bouké de Parakou. Grabataire, il se faisait porter jusqu’à la salle d’examen. Mais à notre surprise générale, il décrocha haut les mains le Bepc au même titre que nous. C’était en 1990. Comment a-t-il préparé cet examen ? Personne ne l’a jamais su.

Tiburce avait un style de rédaction que j’appréciais particulièrement et c’est avec fierté que je dis à tous ceux qui lisent aujourd’hui avec délectation  * »Les mémoires de chaudrons »* que c’est un ami de vieille date et que je ne suis étonné ni de l’initiative, ni du style d’écriture, ni de la fidélité dans le récit de ce vécu. Par ailleurs, Tiburce a un vrai sens de l’humour. Ce qui fait qu’il était d’une très agréable compagnie. Il défend certes ses idées avec entêtement, mais est aussi capable d’accepter non seulement la contradiction mais aussi et surtout capable de reconnaître que son vis-à-vis à raison avec l’humour qu’on lui reconnaît.

Enfin, j’ai découvert, pour avoir vécu plus de trois ans avec lui dans la même maison, un autre Tiburce chrétien très attaché à la parole de Dieu. Ceci explique surement son humilité et le fait qu’il soit resté le même malgré la position qu’il a occupé à la Présidence de la République.
Tolidji reste tel que tu es. Je te souhaite du courage et la persévérance et que les bénédictions divines t’accompagnent.

Mohamed ABOUBAKARI
Professeur Certifié de Maths, Ingénieur Statisticien Economiste, cadre au Ministère des Enseignements Secondaire, Technique  et de la Formation Professionnelle. Ancien camarade de classe de  Tiburce ADAGBE.

A propos de Observateur anodin 159 Articles
Ghislain GANDJONON, analyste programmeur, professeur et formateur en informatique. Mais ma passion pour la littérature me définit mieux.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire